Dear Uncle Harry
Pièce nummer zwei.
La gare de St Michel était
Nous avions dit que tu allais dans le désert pour le boulot
je restais ici garder les enfants. Et c'était pour de rire.
Puis ce n'est plus si drôle.
Ton silence est comment dire außgeinquiétant comment dire.
Tout chez lui passe par le corps.
Ensuite il relut ses lettres d'où toute trace d'amour avait
progressivement disparu (progressivement?)
[Plus que tout autre, le texte qui suit, bien que de jeunesse,
représente l'apogée du
Gluckman Flamboyant, ou première manière.
L'auteur lui-même
le considérait comme favori parmi ses écrits de jeunesse,
et le désigna comme une des manifestations
les plus claires de sa méthode littéraire.
À ce titre, l'emploi dans le récit du nom "Waldstein"
(qui a remplacé le Bobillot de la version originale)
est un signe qui
ne trompe pas: En faisant allusion à la sonate essentielle
de Beethoven,
Gluckman indique qu'il a trouvé ici une forme nouvelle,
dont il se satisfera pour un temps, même si ce
postulat présomptueux
ne devra être jugé que dans le cadre
de l'uvre elle-même, non
dans le contexte général de l'évolution des arts.
L'artiste s'y met en effet crûment à nu,
exposant avec une caricature particulièrement cinglante la
maladresse, la naïveté, la limite tragique des moyens
artistiques, tout en ne pouvant
renoncer à l'impérieux besoin d'expression.
La popularité de ce texte n'a en rien entamé
l'effet saisissant
qu'il produit, encore de nos jours, sur le lecteur. Le malaise
naît de
la dissonance entre le style et le propos, entre la tragédie et le
ridicule du sujet. Composé originalement en isolation, le texte fut
plus tard augmenté de deux autres
qui constituent le célèbre triptyque,
charpente de ce recueil.
On trouvera également
utile de se référer à ce texte
pour éclairer les uvres de la maturité,
où la méthode conceptuelle deviendra plus complexe,
moins évidemment apparente.]
TRIPTYQUE (Panneau de Gauche) -
Je franchis la porte de l'école avec mon père qui
m'accompagne. Un grand bruit pas
stéréophonique domine tout: Cela
est l'année nouvelle.
C'est la première fois que je entre dans cette
école à laquelle je me suis inscrit
précédemment. Dans une cacophonie,
nous entrons dans une salle et je découvre
en cette grande confusion
que je suis dans la classe de "Mise-à-niveau Arts
Appliquées".
J'entre dans la classe
(je ne donnerai aucun détail car ceux
que je pourrais donner sont sans
importance) et je découvre que
Mr le Professeur s'appelle Waldstein.
Il coiffe ses cheveux en arrière. Il dit souvent
"quelque part".
Durant la matinée nous faisons très
peu de travail et j'apprends que nous serons
de sortie une fois tous
les quinze jours le Vendredi après-midi
(je donne ce détail car il aura
beaucoup de l'importance comme on le verra par la suite). Les jours qui
suivent n'ont aucune importance:
Je mène tranquillement ma vie d'étudiant
et tout marche bien. Je travaille bien, tout va.
Je saute plusieurs semaines
à un Vendredi matin. Nous aurons sortie cet après-midi.
À deux heures
nous prenons le car pour aller au cimetière Montparnasse.
Nous allons
là faire des croquis, dessins vites et simples.
Nous
prenons un chemin et nous arrivons sur une grande pelouse et nous
décidons de jouer au football.
Je suis placé arrière avec une fille
nommée Florence. Un coup de sifflet donné
par Mr Waldstein (notre
professeur de sport) débute le match. Mon meilleur ami de classe
(André) est dans l'équipe adverse.
Je l'ai déjà dit je suis a l'arrière
avec une fille nommée Florence. Cette fille doit avoir 21 ans, un an
de moins que moi. Elle avait des cheveux noirs pas très long,
elle est
d'ailleurs très mignonne et a, je dois le dire, beaucoup de "charme".
Quant a son caractère,
elle aimait bien rire et a toujours pas mal de
choses a dire. Il ne se passe pas grand chose à l'arrière
ce qui me
permet de parler avec elle et de mieux faire connaissance bien qu'elle
fût dans ma classe. Nous nous amusons beaucoup ensemble et nous ne
faisons pas bien attention au match. J'aime assez cette fille. Elle
parle un peu de toutes les choses drôles
qu'elle trouve à dire et de
mon coté j'essayais de faire pareil.
Nous éclatons de rire à chaque
plaisanterie que l'on fait.
Le match une fois fini, je parle à André
de Florence, il me dit que lui aussi il la trouve gentille et qu'ils
se connaissent déjà depuis assez longtemps.
Plusieurs sorties se
déroulèrent ainsi:
Nous dessinions ensemble la même chose et on
s'amusait bien. Puis elle, ses dessins sont naturellement beaux,
moi c'est plus souvent
laborieux, ou pas satisfaisant. En classe, Florence restait avec ses amies,
je reste avec les miens. Dans toutes les filles, c'est elle que je
préfère.
L'année se finit,
les vacances de Noël débutent. Elle habite
pas à Paris alors elle rentre chez elle.
Je dis rien sur les vacances
parce que c'est pas intéressant et je passe directement
à l'année d'après,
la rentrée. C'est le deuxième trimestre
et on va plus étudier la même
chose. Tant mieux ça devenait difficile.
André et Florence sont
toujours là et j'en suis content.
Je commence déjà à être amoureux de
celle-ci, tout particulièrement pendant les sorties.
Un peu plus tard
(le 22 Janvier), c'est l'anniversaire d'André.
Il invite pas mal de ses
amis dont Florence et moi.
Nous nous amusons tous très bien. André reçoit
pas mal de livres de peinture dont il est passioné.
Je dois dire que je
suis aussi passioné de peinture que lui. Florence aussi,
mais pas la
même peinture, je crois.
Moi c'est surtout les impressionistes et les
surréalistes, et la musique de Eric Satie.
[On notera ici l'emploi de ce que Gluckman nommait le "goût
commun", quelque peu méprisable dans la rhétorique
Gluckmanienne, comme caractérisation du narrateur.]
Elle je ne suis pas si sûr. Elle a pleuré en voyant Van Gogh,
elle a dit. Je dis discrètement à André
que je suis amoureux de Florence
et que je ne sais pas si elle est amoureuse de moi.
À part André personne
ne sait que je suis un peu amoureux de Florence.
Les jours passent. Je
regrette d'avoir dit cela à André,
mais il a apparemment vite oublié ce
que je lui ai dit. Et puis j'avais besoin de parler
à quelqu'un parce
que c'est un peu douloureux. Ce n'est que vers le mois d'Avril que
je tombe réellement amoureux de Florence:
Je pense beaucoup à elle et je
suis distrait de tout à cause de cela.
Au travail je n'arrète pas de la
regarder. Elle a un polo rayé
et on devine ses beaux seins en dessous.
Elle est très belle.
Mais bien sûr je l'aime pas que pour ca. Un jour elle
me fait une grimace comme ci ça la dérange
que je la regarde. Je suis
choqué par cette grimace et je suis très triste.
La nuit, je ne dors pas,
je pense à elle et il m'arrive assez souvent de pleurer.
Une nuit, j'ai
meme pensé qu'elle était morte.
C'était très horrible. J'ai essayé de
chasser cette idée de mon esprit sans y parvenir.
J'ai alors imaginé
que, arrivant sur la pelouse devant l'école,
je vois que Nathalie (une
fille qui est avec nous) pleure, je lui demande pourquoi, elle me dit
que Florence est morte. Puis je cours a l'intérieur dans le hall en
cherchant André pour lui expliquer le malheur. Dans mon lit je pleure
aussi beaucoup. Cette illusion m'a tellement choqué que,
le lendemain, en arrivant a l'école,
je m'attends à voir Nathalie m'annoncer la triste
nouvelle. Heureusement, il n'en est rien.
Une autre nuit, je m'imagine
qu'elle est partie pour toujours et qu'elle ne m'aime pas, et qu'alors
je me tue. Puis je vois la classe et quelqu'un demande pourquoi je suis
pas là et Mr Waldstein repond que je suis parti
à l'étranger mais en
fait il sait que je me suis suicidé
alors il a du mal à retenir ses
larmes. Et André et Nathalie, ils fondent en sanglots, parce que eux
ils savent que je suis mort parce que j'aimais Florence. C'est horrible
et moi je pleure beaucoup dans mon lit
en pensant à tout ça. Je suis
très amoureux de Florence.
D'ailleurs je commence à être jaloux. En
classe, nous commençons à faire du travail
en équipes et je vois que
Nicolas (un garcon de ma classe) fait le travail avec Florence. Je crois
que Nicolas est amoureux de celle-ci et je suis certain qu'elle tombera
amoureuse de lui et certainement pas de moi.
Je suis désespéré, surtout
que je ne vais plus dans les sorties avec Florence, parce que deux
groupes se sont formés et on est pas dans le même.
C'est vraiment pas
de la chance, surtout que nos deux noms de familles commencent par la
même lettre et que comme les groupes ont
été faits par ordre alphabétique
on aurait tout de même du se trouver dans le même.
Je maudis le destin
qui fait ça. Le pire c'est que
l'année prochaine je ne serais pas avec
Florence parce qu'on va nous envoyer dans des
écoles différentes. Moi
j'ai été sélectionné
pour Plasticien d'Option Surface alors que elle
reste en Publicité, dans des écoles
différentes. Parcontre Nicolas
sera sans doute toujours dans son
école à elle.
À midi, j'écoute la musique du Lac Des Cygnes de
Tschaikovski et je pleure car ce sont des musiques d'amour. Je sens que
mon cur monte dans ma gorge ou bien qu'il descend dans mes talons. Je
suis désespéré,
je suis pris dans un énorme cafard, je ne tiens plus
debout, je suis soudainement épuisé. C'est horrible. Je pense
particulièrement à la publicité
pour Fun (le déodorant) parce
que l'expression y rappelle celle de Florence, et en plus
il y est question de
Venise, sa ville préférée.
Comme j'ai précédemment
vu deux films marquants (West Side Story, Orfeu Negro), j'y pense
et je me rappelle que tous les deux se finissent très mal.
J'espère que
ça ne va pas se passer comme ça
dans la réalité, mais je le crains bien.
J'ai vu aussi Autant En Emporte Le Vent
et ça me fait pleurer
encore plus. Je trouve que je ressemble vraiment à Clark Gable.
Puis
un énorme changement s'est opéré
en mon caractère. Habituellement,
j'aime bien rigoler et m'amuser; là au contraire,
c'est tout le contraire.
Je suis sérieux, calme, impassif,
j'ai beaucoup de sang froid, je reste
toujours les bras croisés et je pense que à Florence.
Il est une heure
et demie et je vais à l'ecole.
En arrivant là, je remarque que Florence
est déjà là à discuter
avec d'autres gens et j'essaye de ne pas la
regarder. André arrive et je lui dis qu'il y a
quelque chose dont j'ai
vraiment par dessus la tête.
Il me demande de quoi. Je lui dis calmement
et simplement, avec mon sang-froid qui me caractérise,
que je n'ai pas
a répondre à cette question!...
Il me trouve bien mysterieux et bizzare,
et impassif, mais je lui dis pas pourquoi.
Le week-end arrive. J'aime
pas parce que je ne la verrai pas avant Lundi prochain.
Je dis à tous
que je voudrais venir à l'école
tous les jours et ils doivent me croire
fou mais ils ne peuvent pas comprendre.
Pendant la nuit de Vendredi à
Samedi, je désespère encore plus,
mais plus tellement sur la question de
Nicolas car je ne crois plus qu'il est amoureux d'elle. Je crois donc
m'être fait une illusion.
Mais je m'inquiète car je suis rendu au 1er
Mai et si je veux que Florence devienne amoureuse de moi, il faudrait au
moins qu'elle sache que je suis amoureux d'elle. C'est vraiment affreux.
J'ai envie d'écrire un livre
et ce sera un chef d'uvre et
les gens verront bien combien je souffre.
Quelle horreur! C'est alors que je
me dis que je peux pas rester comme ça,
il faut agir. Je décide donc
que Lundi, je dirai à Nicolas
que je suis amoureux de Florence et je lui
demanderai s'il peut le lui dire discrètement.
Mais je veux que André
le sache aussi et je décide que demain
je l'inviterai chez moi à l'apéro.
J'essaierai de lui faire deviner mon amour envers Florence.
Le lendemain,
à deux heures et demie,
il vient chez moi et nous allons au Cimetière
Montparnasse. Nous décidons là bas
de faire une promenade. Nous passons
devant la pelouse où tout a commencé.
Je propose de s'y allonger, un
peu a l'écart des passants.
Moi et André discutons sur les problèmes
de la classe. Ma conversation est peu abondante et peu garnie et le
sujet s'épuise rapidement. C'est alors le silence total.
J'essaie dans
ma tête de reconstituer dans ma tête
cette première sortie où Florence
et moi on était ici ensemble, et je pleure un peu.
André ne semble
pas le remarquer. Je murmure plusieurs fois ces paroles: "C'est ici
que tout a commencé"...
André s'en intrigue mais je refuse de lui dire
ce qu'il y a vraiment. Je crois pourtant qu'il a deviné
que j'étais
amoureux d'elle. Nous repartons, cette fois, c'est moi qui conduis,
malgré mon état.
Je suis tellement triste que j'ai envie de faire
quelque chose de fou comme par exemple écraser
les piétons avec la voiture
et être condamné ensuite pour meurtre.
Je n'ose pas. Je chante
la musique du Lac de Cygnes.
Je remarque que ça fait pleurer André aussi
bien que ça me fait pleurer
déjà moi. On pleure tellement que je suis
obligé d'arréter la voiture.
Je crois que cette fois André remarque que
je pleure. Lui aussi il pleure un peu et c'est tragique. Puis enfin
j'arrive a redémarrer. Une fois chez moi,
je demande a André s'il a
aimé l'apres-midi. Il me répond que non...
Il ne veut pas me dire
pourquoi! Peu de temps après il repart chez lui.
Je pense alors à ce
qu'il m'a dit. Je crois qu'il a deviné
que je suis amoureux de Florence.
Je crois même que lui aussi est amoureux d'elle,
puisqu'il a pleuré
aussi. Je me fais les pires idées.
En plus ils s'entendent plutôt bien
ensemble, eux deux. D'ailleurs, elle est plus souvent avec lui qu'avec
moi, mais moi je croyais qu'il en profiterait pour m'aider un peu. Mais
maintenant je vois tout autrement.
Quand je pense à tout ça je me dis
que c'est tellement horrible que je n'ai plus envie de vivre, je
veux mettre fin à mes jours.
Le métro faisait fit un bruit de tonnerre en dans le.
Tout se passe comme si donc c'était
le loup lui-même qui avait avalé
la clef des cloches pieds pieds. ANALYSE
GRABOW n'ent___était pas a son premier clientèle.A.
a a a a
GRABOW en avait plutôt envie de faire l'amour ce qu'il arrivait
lui environ environ tous les cinq ans périodiquement
(meme s'il détestait ça).
PAS À PLAINDRE.
Pas pour une fois qu'ils y allaient franchement alors là
La lutte pour le pouvoir
C'était Bordeaux en l'an 2007 aux alentours de au 354 de la rue
étage porte. Franchissons la porte et observons: Nous arrivons
immédiatement dans une pièce ronde,
sans angle et circulaire, une
pièce, ronde, garnie de tableaux électriques,
c'est à dire spécifiquement
de grands rectangles lumineux, qui dessinent des dessins jamais
reproduits plus de trois fois, ce qui aura son importance, ainsi qu'on
le verra par la suite, de 400 volts chacun, environ, en alternance
impaire, c'est à dire. Au fond de cette immense salle. Cela voulait
dire Sonnez avant d'Entrer. Et il fallait aussi dire que cette
demeure était occupée
par un homme du nom de Karl Cimoné.
J'étais
convoqué chez lui d'urgence pour une mission à accomplir.
Il me fit
asseoir cordialement.
Plutôt je n'osai aller au delà de l'ouverture.
J'aurai très bien
pu aller au delà de l'ouverture mais je ne le fis point, car, si je
l'avais fait, j'aurais été immanquablement
électrocuté. En effet, cette
ouverture était munie d'un appareil électronique
qui électrifiait les
atomes. Ceci était obtenu sur une distance de trois mètres
environ
par l'appareil
environ électrique qui les chauffait aussi,
à leur tour. L'appareil
envoyait des rayons électriques
(comparables à des éclairs, en quelque
sorte) qui, non seulement électrifiaient l'air,
mais faisaient également
vibrer les atomes à cause de la puissance
électrique, chauffant ainsi
l'air ou tout corps qui d'imprudence
se serait aventuré au travers.
C'est par ailleurs le même système
qui est utilisé pour le chauffage.
Il fallait donc que je sonne et je le fis. Une grande
lumière rouge
s'alluma s'éteignit.
Cela alluma sur le pan de mur adjacent un panneau
hémisphèrique sur lequel on pouvait
lire "patientez, j'arrive",
ce qui voulait dire "patientez, j'arrive". À
ce moment précis,
je regardais l'ouverture. Derrière elle, il y avait un vif couloir
extrèmement long avec une série
de portes automatiques sur les côtés
du couloir. Il y en avait dix, c'est à dire cinq de chaque
côté, en
vis-à-vis. Le couloir se terminait par un énorme
tableau électrique
qui marchait à 2000 Volts.
L'une des portes s'ouvrit automatiquement
(exactement la cinquième
sur le côté gauche pour être précis)
en tournant comme sur elle-même,
et il en sortit un homme de 47 ans environ, aussi haut que large,
portant un petit menton à la barbe,
des cheveux mal peignés sur la tête.
Cet homme vivait avec Karl Cimoné.
Il portait une large robe de Taffetas
gris sans emmanchures, sur laquelle se trouvait un gigantesque panneau
lumineux fonctionnant à 32 Volts environ.
Cet homme était un peu le
serviteur de Karl Cimoné.
Cet homme s'appelait Dick Handerson. Il était
Américain (des États Unis d'Amérique)
comme son accent prononcé allait
me le révéler par la suite.
De caractère, cet homme était très courageux,
avec une imagination si grande qu'on se demandait comment son cerveau
pouvait la contenir. En effet, sa tête n'était
pas très grande et
d'ailleurs il n'était pas très intelligent.
En revanche, il était
extrèmement fidèle à son maître
et se serait brulé vif pour lui. Il lui
tenait aussi bonne compagnie car il était fort bavard.
Il sortit une clé rectangulaire de sa poche
(où l'on trouvait de
tout) et ouvrit une boite rectangulaire où
se trouvait un gigantesque
panneau lumineux marchant à 2500 Volts rectangle. Un cadran avec une
aiguille mobile indiquant la puissance électrique
de l'ouverture voulue.
C'est à dire, 110 Volts,
220 Volts, 440, Volts, 880, Volts, 1760, Volts,
et enfin 3520 Volts, Volts. Bien sûr on pouvait aussi tout simplement
couper le courant en abaissant le levier central et c'est ce que fit
Dick Henderson. On aurait d'ailleurs dit qu'il écrasait le bouton
plutôt que de le pousser tellement
il était fort (et vigoureux).
Je pus m'introduire alors dans le couloir et dès que je l'eus
rejoint, Dick Handerson me dit:
"Nous allons d'abord visiter l'appartement et nous finirons par
la pièce où se trouve mon maître.
- D'accord," lui repondis-je de mon sang froid habituel.
Nous commençâmes donc par la partie gauche du couloir.
"Voici la première pièce, dit-il,
c'est une bibliothèque."
Il faut tout de même qu'avant de poursuivre cette histoire,
je me décrive en grand détail:
J'ai 47 ans environ, aussi haut que large, portant un menton
à la barbe, des petits cheveux mal peignés
sur la tête, moyennement longs
et blonds, ni trop gros ni trop maigre, les yeux vifs et l'air pensif
et mélancolique. De caractère je suis très
intellectuel et beaucoup trop
curieux, mélancolique mais d'aspect brave, d'un sang froid impassible.
J'aime bien bavarder avec mes compagnons même si je suis typiquement
très réservé,
et je n'ai pas du tout le sens des affaires. Enfin, je
m'appelle Benoit Cotman.
Donc, je rentrai dans cette bibliothèque,
qui était pleine de livres,
et là, je fus émerveillé.
En effet, une pièce de 100 mètres carrés
environ, soit à peu près 10 mètres sur 10,
s'étendait devant mes yeux.
Sur le côté gauche de cette pièce
haute de 5 mètres environ, il y avait quinze
étagères, avec un immense
panneau lumineux marchant à 3700 Volts, destinées
à des livres, principalement de Shapo Baseball, un de nos auteurs
favoris. Il y avait là aussi des livres de Mac Baxter,
également
écrivain à succès,
Victor Hugo, Jono Nash etc. COLLECTION HARLEQUIN. Sur la gauche
des livres en Anglais comme, aussi des ecrivains plus récents avec.
Et bien d'autres encore, ce récit ne suffirait pas à.
Au milieu
enfin, il y avait un espace de 49 mètres carrés environ,
soit 7 mètres
sur 7, qui ne contenait que des livres de science posés
sur des étagères
mobiles disposées juste aux limites
de l'espace de 49 mètres carrés
environ. Parmi ces livres de science, on trouvait des hommes scientifiques
tels que Alphius Schnstein, qui a découvert
la puissance du four atomique
chauffant (à atomes), Alfred Newton,
qui a inventé la loi, quelques
livres de moi-même ce qui fut flatteur,
tous les ouvrages bien sur de Karl Cimoné en personne,
etc. Comme ces étagères formaient
comme une barricade et que l'on ne
pouvait avoir accès à l'intérieur que par le four,
une ouverture avait été prévue à
cet effet, et, à l'intérieur, il y avait 7 fauteuils
disposés
symétriquement en croix autour d'une table ronde circulaire.
Puis, Dick
Henderson me conduisit hors de cette pièce et la porte se referma
automatiquement derrière nous.
Alors, nous arrivâmes à la seconde pièce,
et Dick Handerson me dit:
"Cette seconde pièce est une discothèque."
J'entrai et je vis une pièce de 85 mètres
carrés environ, soit à
peu près 5 mètres sur 17,
qui s'étalait sous mes yeux, devant moi, me
trouvant à la porte.
Comme dans la bibliothèque, il y avait des étagères
disposées de la même façon à
peu de choses près, sauf qu'à la place des
livres il y avait des disques. Sinon, tout était approximativement
semblable. Je ne vous cite pas les noms de tous les compositeurs car
ce serait trop long. Au milieu de la salle
il y avait une très bonne
chaîne accoustique haute-fidélité
avec un énorme panneau lumineux
marchant à 2742 Volts, où
l'on pouvait écouter tous les disques
librement.
Nous sortîmes de la salle et nous passâmes
à la troisième pièce.
Celle-ci était une cinémathèque
où l'on trouvait toutes sortes de films
et surtout des comédies musicales.
Cette pièce faisait 81 mètres carrés
environ, soit à peu près 9 mètres sur 9.
Nous regardâmes rapidement cette
pièce et nous passâmes directement à
la quatrième.
Celle-là était un cinéma
qui pouvait recevoir toutes sortes d'écrans
du plus petit au plus grand,
toutes sortes de sonorités phonétiques, du
son stéréophonique au son normal,
toutes sortes de sonorité musicales
de la chaîne haute-fidélité
au petit tourne-disque (pour les anciens
films). Cette pièce était disposée
en rond, ou plutôt en oval, et bien
sur, cette salle était immense: Elle contenait mille places. C'est
precisément là que Mr Karl Cimoné,
qui cherchait des moyens de voyager
dans le passé, tenait ses films scientifiques.
"Passons à la pièce d'après,
qui est ma chambre", me dit Dick.
Nous passâmes à la chambre de Dick
qui était fort bien meublée.
J'entends dire par là: À gauche,
un très beau lit recouvert d'un
édredon vert. À côté,
une charmante table de nuit en bois de chêne
avec un incommensurable panneau lumineux marchant à 2 Volts,
avec une petite lampe verte dessus. Puis un petit rideau qui fermait une
charmante salle de bains (lavabo, douches, baignoires) entièrement
bleue. Face à la porte qui reliait la chambre au couloir, il y avait
un placard et juste à côté,
une fenètre garnie de petits rideaux roses.
Nous sortîmes de la chambre de Dick Henderson
et nous visitâmes
la salle d'après qui était à droite
du couloir. C'était une salle de
conférence qui contenait 1741 places environ, en y ajoutant la place
que tenait l'homme qui entretenait la conférence.
Cette énorme pièce,
qui mesurait environ 800 mètres carrés,
soit à peu près 200 mètres sur
400, était l'endroit où
Karl Cimoné donnait ses conférences. Nous ne
visitâmes pas la pièce d'après
car Karl Cimoné était à l'intérieur.
Mais Dick Handerson me précisa tout de même
qu'elle mesurait environ
1460 mètres carrés,
soit à peu pres 730 mètres sur 730, avec un
infini panneau lumineux, marchant à 2.5 Volts.
Nous allâmes donc à la pièce suivante.
Cette pièce était un
magnifique salon garni de dix fauteuils situés en rond autour d'une
table rectangulaire de 25 mètres sur 32, avec un effroyable panneau
lumineux, marchant à 33 Volts.
Il y avait juste ensuite un meuble où
l'on trouvait des boissons de toutes sortes et un peu plus loin, un
meuble où se situaient des instruments de musique.
Au milieu se trouvait
un gigantesque piano. Enfin, cette pièce
mesurait 60 mètres carrés
environ, soit à peu près 30 mètres
sur 30. (Je ne donne pas ici tous
les détails car cela prendrait trop de temps).
La salle qui suivait était une très
belle salle-à-manger. Une table
ovale, en marbre, se trouvait au centre de cette pièce
et l'on voyait
autour de cette table quinze chaises disposées
en carré, symétriquement.
Au dessus un très beau lustre, très ancien,
datant de l'an 19 avant la "réforme", grotesque
panneau lumineux, 425 Volts.
La dernière pièce était
une cuisine très simple (c'est-à-dire pas
compliqué), d'une grandeur moyenne,
avec un grand four atomique au
centre (en utilisant le procédé électrique
du chauffage, c'est-à-dire
en faisant vibrer les atomes, l'on peut obtenir une châleur tellement
intense (environ 2000°C) qu'elle peut chauffer les aliments.
C'est ainsi
que marche le four atomique à
panneaux lumineux intégrés.)
Alors vint le moment tant attendu.
Nous allâmes d'un pas ferme néanmoins calme
dans la pièce où se trouvait Karl
Cimoné. Je vais vous raconter cela en detail:
Dick Henderson appuya
sur un bouton et la porte s'ouvrit.
Je fus devant une chambre carrée garnie
de tableaux et où se
trouvait un lit. A côté, il y avait
une table de nuit et aussi une très
belle fenètre garnie.
Une salle de bains se trouvait juste à droite et,
plus loin, il y avait une porte avec un panneau lumineux ridicule marchant
à 425,2 Volts.
Nous franchîmes cette porte et nous vîmes une pièce qui
servait de salle d'expériences à
Karl Cimoné, et là, je vis, debout à
côté d'un panneau lumineux
mythique marchant à 42 Volts, un homme de
47 ans environ, c'est à dire à
peu près 23.5 mètres sur 23.5 mètres,
aussi haut que large, portant un petit menton environ, des petits
cheveux mal peignés sur la tête,
moyennement longs et blonds, ni trop
gros ni trop maigre, grand, maigre, sec, ses yeux cachés sous de gros
sourcils noirs et des lunettes carrées, avec un innommable panneau
lumineux marchant à 2 ans environ,
c'est à dire à peu près 1 mètre sur 1.
Il portait une blouse blanche (qu'il ne quittait jamais à l'exception
des heures de sommeil). Cet homme était très
avare en paroles et avait
le sens des affaires.
"Bonjour, monsieur Cotman, me dit-il de son sang-froid habituel.
- Bonjour, repondis-je avec mon calme coutumier.
- Quand je vous ai dit "mission à accomplir", je me suis
trahi emberlué. Il ne s'agit point d'une "mission", mais de
venir avec Dick et moi.
- Où ça,
s'il-vous-plaît? fis-je de mon sang-froid habituel.
- Dans l'ère mésozoïque,
ou aire secondaire de la période
Jurassique.
Cette période dura de 180.000.000 Volts
à 135 000 000 mètres
carrés avant J.C. environ. L'on y trouvait des animaux tels que le
rhamphorhyncus, l'archéopterix, l'iguanodon (que l'on trouvait aussi
à la période Crétacé),
l'allosaure, le scélidosaure, le plésiosaure,
le brachiosaure, le stégosaure, le diplodocus, le brontosaure, et
enfin le stégosaure.
Je fus malgré tout légèrement
surpris par cette proposition, sans
toutefois perdre de mon calme légendaire environ.
Sur ce, Karl se retira, parfaitement impassible, et je restai
seul avec Dick. Celui-ci me consola, puis me conseilla de me retirer,
avec son sang-froid imperturbable. Et c'est exactement ce que je fis,
en réprimant sans peine l'excitation qui aurait pu me gagner. Je
rentrai chez moi et je racontais d'une voix sans trace
d'émotion à ma
femme l'étonnant projet dont
m'avait fait part Monsieur Cimoné.
Le lendemain, je reçus un coup de
télé-(phone). (Le télé-(phone)
est une télé-(vision), télé
où l'on a l'impression d'être dans le film
que l'on regarde en étant victime d'une vision,
et où l'on entend et
voit le personnage à qui l'on a affaire,
avec un imperturbable panneau
lumineux marchant à 80 Volts). Cette fois-ci, ce fut Dick Henderson.
Il me dit d'une voix qui ne trahissait pas son émotion
malgré l'heure
matinale:
"Venez tout de suite ici, Karl vous attend.
- D'accord!", lui répondis-je, complètement de marbre.
Je partis donc immédiatement
chez Karl Cimoné où j'étais attendu.
En effet, je fus très bien reçu.
Karl Cimoné me dit froidement:
"Je vous présente deux personnages
qui nous aideront à construire
notre appareil et nous accompagnerons dans notre périlleux voyage.
- Et qui vous dit que moi je ferai part de votre voyage?
demandai-je calmement.
- Vous-même, me répondit Karl Cimoné
avec son sang-froid calme
et imperturbable légendaire.
Vous aimez les aventures et vous viendrez,
j'en suis sûr.
- Soit, vous avez raison, fis-je imperturbable, je viendrai."
Alors un des deux hommes vint se présenter:
"Bonjour, me dit-il. Je m'appelle James Hint. Je suis ingénieur
et je suis très courageux et vigoureux."
L'autre s'avança vers moi et me dit:
"Moi, je me nomme Bernardo Clams."
"Nous sommes des ingénieurs, me disent-ils,
nous sommes courageux
nous sommes vigoureux, nous sommes prêts à
vous aider à faire la machine
et à vous accompagner."
Je me contentai de sourire froidement, et
Ce jour là elle avait encore plus de
rouge a lèvres que
d'habitude. Il la regarda longuement d'un regard imbécile, elle
fit de même.
Toute la haine stupide était là
(Bande d'Imbéciles).
Grabow n'ent____était pas à sa première
expérience sexuelle
comment dire.
Il fit donc avec grand soin ce qu'il avait à faire.
Notre histoire débute en ces temps remots
où le Prince de la ***
s'apprête à prendre une
décision fort cervaude. L'ultime urgence
de la situation ne lui laisse qu'étroitement
étroit la place (bien
qu'obvieuse). Il ne reste donc plus de temps pour se perdre en vaines
conjections urjuctures.
Ce qui précède étant somme toute
assez tédieux, disons plutot que
notre histoire commence au moment où le Prince
s'apprête a pénétrer la
marquise de Duchesse de F.
Précisons tout de même qu'il a fait le trajet
à pied. Et que ce soir là il pleut.
Il se fait annoncer par un obscur valet,
sans grand succès. On le
pose valeureusement sur le boudoir. Il se fait et attend.
Quoiqu'aggravé,
il fait des efforts pour se recapturer hors la nerveuse. Mais rien ne
transparait, bien sûr, c'est un homme du monde.
La Duchesse apparait. Le Prince se frappe en l'air
de révérences,
et s'y perd. Il se rassoit d'un geste gauche, et sur la bouderie encore.
D'humeur mégamale, la Duchesse,
"Le but de ma visite n'est que trop clair, vomit le Prince en proie
aux affres.
- Évidemment," fait la Comtesse,
ignorant les affres (résolument).
(La suite dans l'épisode de Juin).
Notre histoire commence au moment précis
où le Prince du K***
franchi le seuil de son amie la Baronne.
C'est une matinée d'Aout. Malgré la chaleur,
il fait froid. Et la Baronne n'est pas en état de recevoir.
"Et qu'a dit le médecin?",
demande le Prince au fidèle Fernandin,
fraichement rentré de vacances.
"Prince Ivanov, répond le robuste domestique,
la vérité étant le
privilège des rois,
n'espérez jamais de moi que des mensonges."
La fenètre grande ouverte amène
une douce brise de l'exterieur, soulevant gentiment
ses longs cheveux blond soyeux (au printemps).
Ce jour là, Georges nous apporta, entre autres surprises,
un tapis vaguement moyen-âgeux, que certains des invités
prirent maladroitement pour une peau de bison.
Ce fut bien sûr la fin de l'entretien.
Dear Uncle Harry,
I've been skiing here all summer and everything is just fine.
Or so it seems. In my previous letter, I forgot to mention the
raindrops episode, but I am beginning to wonder whether that has any
importance at all. Mother bought a huge pie yesterday morning for
breakfast but it turned out to be too saturated with soap. We finally had it
for lunch, and noone (including Grandma) dared show any disappointment.
I can't quite bring myself to go to bed now, though sleep would seem
like a rather nice thing. Benjy is doing fine with his mathematics,
even though his computer caught fire last night. He was immediately
sent to bed after that, but preferred to weep alone in the wilderness.
He only came back home this morning, with three frogs in his raincoat
pockets, and it seems to all of us that he was in an unusually buoyant
mood. We will probably get a new computer soon, so that he can get
his training started in earnest.
The carpet in my room has been badly stained, so I hid it in my
bed, because I know Mother will get angry if she ever finds out about it.
I suspect Greta to have spilled her coffee over it, but I can't bring
myself to question her. Anyway, I'm sure she wouldn't say a word. I was
hoping to get a lengthy confession from aunt Hatty about her former
life as a barmaid, but she always avoids the touchy topic. I shall
endeavor to make a much more subtle attempt very soon, and I'll let
you know if she says anything about this mysterious part of her
childhood.
How are you at home? Don't you feel too lonesome? I hope that
you'll succeed in making as much money as you hoped (and deserve),
so as to come back with us here in Waldhoff as soon as possible.
I miss you very much, since you are the only member of the family
I ever really loved. I imagined your death yesterday night, and I
couldn't help crying a lot. I kept repeating in my imagination the
scene where aunt Hatty, unable to conceal the news any longer, finally
told me you were dead, and tears poured out from my eyes. Please
write to me if you are still alive.
The nature around us is of a great influence upon my mood.
When walking in the forest, I always feel very much in love, either with
Ida, or with Begrühn, our neighbor's younger daughter. When I come out
into the open, I normally feel like committing suicide since I know
I can't talk to any girl, especially as pretty as Begrühn. But as I
finally reach the old barn, I gather hope again, and then begins my
anxious waiting for the next day. But nothing ever really happens
of course. I have tried to work yesterday, in vain. We had a violent
storm, and my hands started trembling so much that I just couldn't
do a thing. Mother bought me a hat a week ago, and I look a lot better
with it. Unfortunately, I can't wear it outside, since the wind
keeps blowing it off my head.
I have become deeply involved in religion. I pray very faithfully
every day, though all I get from it is an ambiguous sense of guilt.
I can't understand any of that Latin anyway, but God probably knows
what it means. Have you attended church recently?
Mesterday on Frühtz.
Dear Uncle Harry,
Things have grown a lot worse lately. Or so it seems. I have
been in bed all day, but they say I should recover very soon.
I spent most of the day looking at the portrait you sent me, and the
more I peruse it, the more unreal it gets. Do you really look like that
now? There is also a characteristic fragrance in this room that keeps
me busy most of the day.
Beegrühn came to visit us yesterday night, for the Chinese New
Year. She told me she would be leaving Waldhoff by the end of the week.
I answered I didn't care, which strangely, is probably true. We later
went for a walk in the woods, but I was so scared of meeting some
scoundrel that I couldn't utter a single word. When we came back,
she spent another hour in my room, telling me what difficulties she had
to express herself, and how painful it was to lead an aimless life.
I did my best in answering that she badly needed an ambition of some
sort, but I wasn't too convinced myself, so it probably sounded stupid.
Ann was here yesterday, and I also told her she needed a goal,
obviously my theme for the week. We had a very long conversation during
I mostly listened. She told me all about her life, though I couldn't
understand a word of it. I tried to explain my own job at the
Frehbrücks
Haus but obviously, she wasn't in the least interested. Anyway, I wouldn't
have much to tell. I was embarassed at first when she started crying,
but since I could do nothing, I soon let my mind drift onto other more
important thoughts.
I'm quite obsessed with my job at the Fabrick, though I'm not
able to talk about it yet.
Fuck you, Harry.
Dear Uncle,
I ran into Tom Yesterfrüh, so please send me my Schlagzeug
back ohne delay.
Dear Uncle Harry,
Today, I was so tired that I spent the whole day in bed
contemplating the postcard you sent me. This week has been an
unpleasant one. All these people at the Frehbrücks are going
crazy, and dragging me along. I'm sorry I can't write anymore
than that. Has this week been so unpleasant? Why aren't you here
with us, to bear witness to all the events? Why are you so
fucking stupid in the first place? I don't need you any more than
I need anyone else, so stay out of all this.
Dear Uncle Harry,
Please let me write to you some more.
Dear Uncle Harry,
Today I was so weak that I spent the whole Früh in the Matinbad.
Ébonite:
Se dit de toute personne plus particulièrement
versée dans l'opéra "Lulu"
du compositeur Ebon Berg, lui-même
n'étant pas de la race des chameaux.
Uncle Harry,
I was out in the woods this morning, but had to come back, extremely
tired. I'm now in bed, with nothing more to do than try to remember what
has happened recently, and find out if I haven't forgotten anything.
This has been my constant obsession over the past few weeks: What if I
have done something I can't remember?
Stop writing to me like this Harry, you know I can't stand it,
it's killing me.
Farewell, my love.
Je ne cesse d'écrire maintenant. Je suis à ma table
et ne m'interromps que pour le bain.
Dear Uncle Harry,
I have been very agitated today, and the only thing that soothes
me is listening to rhythmical brazilian batucada music,
but then I dance, which exhausts me further.
Sunny weather is here at last, but I haven't been out today. I have
come to realize that I have been here in Waldhoff for over a year
now, and wonder if my life will truely go on like this forever. My job
at the Frehbrücks is still interesting (we've accomplished great things
lately, which I'll write about later), but is this really what I want
for myself? I see my childhood vividly, and that's why I don't go out,
recalling the past. Beegrühn has been back from the States for a week.
She has married there, but doesn't seem to get along with her husband.
He sells Shwargebaren by-products for an oil company, and seems a nice
man, almost aggressive in his good humor. He's asked me twice to dinner
but I declined, scared by his buoyant friendliness.
He even came to visit me at the Frehbrücks last Wednesday, to show
me a complete Schwargebaren color scale, asking my opinion about it.
I didn't know what to say. In spite of being quite an artist,
this isn't so much my field, I told him.
But he insisted on my demonstrating my expertise in matters of color.
In vain.
(Later in the day) -
I have been home here in my room for the last five days,
feeling a bit sick because of the rainy weather outside. They phoned
from the Fabrick, and I told them I had pneumonia, and would probably
be back next week. There isn't much to do out there anyway, when you
think of it.
I've been staying most of the time in bed, and haven't seen
Beegrühn
or her husband for over a week.
The only thing I have accomplished during these restful days is
this poem. I'm dedicating it to you:
In die Uwigkeit bringt
Die Kühle Brühle umgebietet
Über eurem Wrächt darum
Des Übergeseßenhaftes
Es wird niemal gehandelt
Gefrörene Formel
Um die ganze Werdschaft zu schicken
Fürchtlicher Angst
Einem Grobe da frütten
Ob Grüber geroben
Des Menschenheites zum klopfen
Oder ist es von riesendem gefallen
Daß es fur Wiegen entfallen wird
Daß es mit Entwerden ging
Heilige Leidenschaft
Du hast die Heruntergefrütten geschickt
Leiden wir so mit die Probe
Daß er wenigsten herumgeplickt
Am meisten ist es auch für uns nicht
Recht mit dem Butterbrot
Die es doch nachgegrübelt hätte
Einem Schlagzeug zu überlocken
Oder sind sie auch damit Fröhlich
Daß es ein wirkliche Parode wird
Eine Parode des Geseßenschaftes
Oder danach am Östemhaftes
Ob die Liebe gemieten wurde sein
Des stretzt und strotzt der gehabersei
Meinem Schwöringen Blömen
Etwa gebrüden mit Gebrudersei
Mann hat geriedelt mit dir
Meinem Schwarzes Magali.
Even though you don't understand the language,
please let me know your honest opinion of this poem,
it's incredibly dear to me.
Hoping to hear from you soon.
Dear Uncle Harry,
I was in bed last night when Beegrühn called me on the phone.
She wanted to see me about something, but wouldn't say what. I felt
too tired to go out so I refused. But curiosity overwhelmed me and I
couldn't sleep. What could Beegrühn want to say, at such an hour, why
did she call at home with so dramatic a voice? I haven't seen her
at all today, and now I hope she's going to call back tonight. Did she
have an argument with her husband? Or is it something else I couldn't
suspect? I've been sitting in my room for three hours, anxiously
contemplating the Schwargebaren color scales that her husband left me,
wondering what happened, and waiting for her to call. This situation
puts me in great agitation, though my nervousness seems to grow
dimmer as the hours pass and nothing happens.
Beegrühn has changed a lot since she went to the States and
got married. She now has breasts.
Harry Harry
I've been eating Schwargebaren by-products for the past five
weeks, in my bed. (They just came out with a new diet-Schwargebar).
I hate it, it sticks to my mouth, my fingers, my fingers.
I cannot write. I cannot write.
I just had the time to club my snodges back into shifting position
when they suddenly fell down the throbhill, rumcha and all, and an
instant later I could see but a thick haze down below, barely
concealing a motionless grupka, slovotnik and all, which seemed rather
tired at the moment. So much for Harry's party, I thought, no human
being can withstand such a downright fall.
This was certainly no news to Magruschka, but she didn't seem
to acknowledge the fact. She just stood there, marooning me with
straight blue eyes, a careful overtune hanging between her lips.
She may have been in love with me, I thought, but didn't care to say so.
Oblivious of such glorious beauty, I ring patched a nose pitcher from
my bag and took another look at my ankle. It didn't take a diplomed
Medic to say it was broken, but that was all right, for now. Harry
would never of had the time to complain about a broken ankle anyway.
"What's the big noise about down there?", Barnsfield's gloomy
voice came from above, "any hurt?".
Magruschka's unfathomable eyes hadn't left mine, so I had to
go into the answering business.
"Slippery steps", I said, tersely.
"There's one thing I don't understand, Doctor Springfield."
We were now in the main cabin, where two uniformed slovotniks
were desperately dialing 2-4-0 for secret reasons, careful to conceal
their gestures, and Barnsfield's
voice sounded as gloomy as ever. It took me some time to realize I was
the one spoken to, the name Springfield just not fitting me so well,
and took
a smiling pause, expecting more questionning.
My smile may have made me look like a raucous hoolf, and Barnsfield's
voice trailed off. He wouldn't have recognized a friendly smile anyway.
Magruschka was sitting next to him, now wearing a light green skirt,
without seeming to notice the freezing cold bites in the cabin. She
may have been in love with me, I thought for the second time,
but it was of no comfort now.
I knew from their stern look that the only way out of this purushkins
of a place was to let them have the whole story, or at least a story
credible enough to account for the presence of a 9mm automatic Bubshkin
in my left hand night purse, which I knew they were bound to discover
sooner or later, while searching my cabin for suspicious vinegar.
I lowered slowly my face, as in deep humility (this would have
seemed unusual to anyone who knew me), and started talking. My two
friends showed no sign of emotion whatsoever, but I could feel
I had all their attention riveted to me now, just as if a wild Parchka
bear had walked straight into the room, and helped himself to a daily
routine of Slovonian Whiskey.
"You've probably found out by now that I'm not the British horse
doctor Colonel Waspers claimed me to be."
Whether they had found out or not, they would not indicate.
"My presence here is a matter of great secrecy, but since I need
your ability with the outside wangsters," I made it sound as a confession,
"and that I feel I can trust you men", (men wasn't exactly the right word,
for to the best of my knowledge I had at least one woman - a lovely one
at that - among my audience, but she didn't feel like protesting, or
at least didn't say anything about it), "I guess I ought to give you
the whole story".
"You've already told us many stories, and we may not buy this one
either." Barnsfield didn't bother underlining this faint humor note with
the beginning of a smile, but took a balmstick from the cringer below,
and started drumming military opera favorites on the Vlodstock table,
to show how his jarbling impatience was rising. Magruschka didn't show
if she approved any of this, still looking at me as she had done
continuously for the past five weeks.
"She may be in love with me", I thought again, but that clearly
wasn't the issue at hand. I was in a rather sticky situation. Men like
Barnsfield don't always behave like they're hiding their jarbsticks
socialwise.
"I am B.S.O, whatever that means, and I am here to investigate
on a case of plain murder. Harry's painflipping downcast as an angel
was no accident, believe me, so we have a murderer on the grovootchka,
and a ruthless one too."
I got the first look from Barnsfield I was ever going to get,
and it was one of bewilderment.
"Impossible", he exclaimed, through half parted lips.
"My groovey on it", I said, now acting openly proud. "Didn't
it strike you as most unbelievable that qualified men like Harry and
party could have gone out nostrils open in this holy freezing fucking
wilderness? After all, he was a self-proclaimed specialist, right?
Someone must of jammed his earbrush during the night, someone who
didn't want Harry to examin the frozen slovos downstairs."
"What with them Slovos?". Barnsfield wasn't mush of a highwire
fiddledancer.
"I'm not sure yet, but they may never have been frozen. Perhaps
just handbound or such"
"What in the Devil for?". Superstition wasn't clad to his ears,
but litterally pouring out from under his snow boots. I knew I had him.
"This polar grafting unit has nothing to do with the PRO program.
That was a fake, but the VIPs from Washington wanted you to believe
that, at least until now. It really is the most advanced part of a
vast prechecking program, the P.N.O.2, designed to investigate on
ennemy monitoring devices throughout the North Pole. We believe the
Russians have been letting the Nubians in on this, ever since their
Moloschko fireworks failed to land in Siberia. You know what this
would mean to the free world?"
He didn't.
"The Russians would have in their hands a greater Slovotchka
than the Americans could ever dream of, with pin particles the size
of a hooflum, as tiny as a singlehanded dolldrum, a weapon which, in
the hands of those irresponsible communists, could leave most human
form on the planet unable to whitewash for at least fifteen years.
And that's optimistic."
"I can't bear the thought of it". And Barnfield clearly couldn't.
He collapsed in a pile, his face showing an expression of internal
overshock, which I didn't think possible until that moment. But a
man like Barnsfield knew how to overcome this. After all, he was
Barnsfield for a reason...
"I have never heard of such a horrifying prospect", he said, his
lower lip subtly quivering, yet slowly regaining his usual moonstuff
composure.
This was no surprise to me either, since I hadn't heard much about it
myself until now. But anything goes in emergency situations.
We were out in the cold, and the wind threw large molasches
into our faces. We weren't surprised not to find anyone sunbathing,
since the temperature was well below freezing, and besides, this was
a very dark night. This noctune expedition was Barnsfield's idea,
but I could have thought of it in the first place. Magrutschka had
volunteered to join, and her voice had all the boorings of an angel's,
megginwise and such. I was glad to have her with us.
This was hardly a good place for winter broothing. Ice cubes
were high enough, but the unfriendly aspect of the throw-in glimmering
barzey hunglicks would have discouraged even the best of winter broothers.
Our minds weren't on holidays anyway. We were here fo find Machgeben's
team, hopefully still alive and smiling, their last SOS having been
heard twelve hours ago as we were still drinking cuppernaut tea in
Polly Dune's heartbeef whore-salon in Portland. At the time, I thought
Magrutschka was one of the girls but found out differently soon afterwards,
with great dismay. I wonder where P.R.O Unglebooth's service picks up
such brilliant agents.
The nature was far more than hostile. All the vegetation had
migrated south for the terrible winter, and it took men like Barnsfield
to be able to go boobpedal-riding in this. But boobpedal he did, and at
a mighty jolly pace what, and I had no objection to it whatsoever, it
being much faster than the usual delldram's routine.
My ankle has been wittbathed all afternoon, or so it felt. But that
didn't make our long journey any more comfortable. Peeked blinkwire
ice sparticules crept through my windshoe mask, burning my neighboring
flesh from toe to toe, and, under my frolick, where my stomach had
once been, there lay but a bereaval notching of spines, all frostbitten
and such, quite a site, really. But then you wouldn't expect to sustain
cold like this without a bum or two.
I could have touched Magrutschka's hair simply by lowering my
left arm slightly, but kept fiddling matter-of-factedly with my right
hand a lolly tune of my homey place, which happened to rest gently
against my crotch. Magrutschka seemed to observe me through her
vegetable span glasses, or else she may have been sleeping.
Barnsfield wasn't really smiling either, but then I didn't
expect him to be. After all, Harry had been one of his best friends,
if such men ever do have friends.
The unexpected laughter of the boobpedal called us to an abrupt
halt, and I was thrown brutally off guard on the right wing package
nocher, large billowers falling on my head and such. I emerged
from this featherlike burial just in time to realize Barnsfield's
anguished look, and that sure couldn't be an encouraging sign.
Men like Barnsfield don't worry unless there is a reason. There was
no point in my inquiring what had happened, the whole blavoshnik
showing unmistakable signs of total wreck.
"The damn thing is broken, spat Barnsfield with contained anger,
we'll have to walk to Machgeben's hut."
"In this fucking weather?"
That didn't really call for an answer, and besides, there was no
time to argue. The only reply I got was a cold look from Barnsfield,
the second one in the day. I knew all but too well that we had little
choice. Staying here meant immediate death, with all the Schwatskas
already flying around.
How we ever managed to reach Machgeben's hut I could not tell.
But there it was, tall and slender, a sheeplike shadow in the surrounding
swift icy whitedraft. It took us a full hour to catch our breath,
leaning huddled together miserably on the spurrogate wall. Magrutschka
had been able to keep warmer than us men, and I could feel the cosey
heat of her mellow fleshy parchocks, through the unbuttoned shlaboovah
of my trumphead trousers. I would have stayed there discreetly rubbing
a few moments more, but Barnsfield walked earnestly into the light, to
the door, in an unusually sleek businesslike gait. Magrutshka followed
closely behind for cover, a 16mm automatic Botchless firmly in her hand,
and the unmistakable intention of using it if necessary on her own face.
I tried to do much the same, making my way to the door, but my feet
were caught in the whinegroves under the snow. This saved my life,
but of course I didn't know it then.
Barnsfield pushed the door.
"Empty."
His voice had come to me through my Vanker windshield, as gloomy
as ever. No wonder he was nicknamed Eeyore back home.
"The whole damn place is empty", he repeated, as if to acknowledge
the fact for posterity.
We had a nice fire rumaning in there. Machgeben's hut may not
have been a mediterranean outplook, but it sure was more comfort
than we'd had in months. With the exception of Barsfield who wouldn't
leave his usual bootchy mask, and I can certainly understand why, we
set ourselves for bedtime.
But Barnsfield wouldn't have looked happy even
if his own sister had come
all the way down from Public Library with the man Malkus himself
in one of his repairmasks. Barnsfield facial expression didn't matter
much to me any more, though this was something altogether different.
By now, Barnsfield must have known that I had lied, and he didn't seem
too happy about it either. I figured he would soon launch into another
of those little talkshow seances. Military men never seemed to trust me.
I therefore peacefully waited for Barnsfield's investigation,
having nothing better to do, but I had it obviously all wrong, for
Barnsfield suddenly threw himself at me, all hookers out, and launched
a terrible double-fengled fist at my face, smashing a smatchy Volgian
vase on the floor to pieces, flowers and all. We were both locked,
violently gorggled, hurkling at each other's punny parts, swearing
like two Gonchka drivers, trying to clasp the boochney leggers
above us on the shelf, with declared hostile intent. But in an instant
Magrutschka was upon us, and I could feel the wam swollen thrill of
her intimate heartynips, as she fell heavily on my left hand. Her
deep gorgeous breathing was close to my face, as she twisted us
in true Bangee style, her sweating muttocks heavily stomaching my
face with a puffy flesh sound. Whether she did that to protect me,
attack me, or simply to separate us, I shall never know, for we
were all suddenly halted in our nosebreaking flurry. A man was
standing at the door, lethal weapon in hand.
"Uncle Harry!"
We were on the ground, my head still buried inside Magrutshka's
feminine gommaschlucks, going up and down with her panting, but even
the feel of her luxuriant goopyfurs between her two abundant powkas
didn't manage to soothe me now.
Harry was alive. Harry was dangerous.
We carefully undid the Bangee knot, and were able to stand to
our feet, for the first time in days. I was close to Magrutshka,
too close perhaps, her clothes were in boging disorder, and from
where I sat I could guess at her wonderfully abundant blooming
moonhead barms, which now appeared barely concealed beneath a thin
dainty layer of Rubath silk. She was still looking at me with her
worldwool blossfull dark eyes, her smooth lips parted in a slight
mooseles smile. But she should really have been looking at Harry.
"Harry, dear friend, you're alive and well",
but there was no joy in that. Barnsfield had gradually realised that
his dead companion wasn't quite what he held him to be.
"Ask so-called Dr. Springfield here, Harry answered in a minkish
overtune, I'm guessing he could tell you all about it."
I knew of course a bit more than Barnsfield, but I felt nonetheless
hardly qualified for giving any kind of explanation. I hadn't known
about this Harry being alive. Not until now that is.
Subtly, Magrutschka moved a little closer to me and I began
to feel her tender fullhand goomsters pressing lightly against the
open slat of my fathole gummysticks. She walked slowly by, her rearbum
dwingling matiously, her booms seemed to caress softly my bogful
hoggywashed suit, just enough where my hand lay open like a boonful
blisstrack. She went to the other corner of the room, arranged the
wargian braces neatly on the chimney pot, took a rubber plastic paper
and handed it over to me, her typically slowatsian moops almost in
contact with my hairy mallowitz. She looked at me more intently
than ever, and I was conscious of the hoogly shape of her firm
lebards, half guessing through the light linen she was wearing
on her gracile Lumka, under which the agile lines of her mouthful
bloobyponster seemed to ride to any malchucks' fulfilled gleam,
her stomach in hard laced tremor with moody hippybows, gorgeously
breathing under the round gummyfawcks where the glimmering palick
lurks, an aperture in the slight schollduck of her burned mammyfrocks
revealing the pulp of her two mewchinglike swaftbows.
It was still snowing slowly outside when Harry took us out,
his 16mm automatic pocket Boggles and Brewster steadily pointed
at our backs.
I walked next to Magrutschka, her hand rapidly catching mine
whenever she lost balance on the sharp icy footstocks. The storm
was so violent, that we couldn't see all but white frenzied snow
ahead of us. The shrieking wind sent ice pingy needles deep down
into our barooshkas, stinging our flesh like burning fungysticks.
We were all severely frostbitten, and I didn't think much of our
chances over the next hour.
"I'm tired of this here wainwalking, Harry", Barnsfield
yelled as if reading my thoughts, "do you seriously think we can
make it back to the ship on all four figgyforks?"
Harry didn't bother to answer. He was a mysterious man, with
a typically hairy undercoving. But Barnsfield was not one to be
easily discouraged.
"In such a horseboack bullshit weather, noone gets back
to the ship! We all die on the way, morsebacks up and such!"
"Clam up, Ed," was Harry's successful attempt at a concise
answer, and my hearing Barnsfield called Ed for the first
time since January.
Anyway, Ed, or Barnsfield, or whatever it was now, was right
about one thing: We would never make it alive. The temperature
was much lower than anything I had ever experienced here in the
Arctic, and we had far too many chances of getting lost. Besides,
my injured ankle was worsening by the minute. My left foot dangled
at an awkward angle from my right leg, so that walking was becoming
increasingly uncomfortable. The slathow around my ankle had become
of a redyullish type, which meant I was bound to lose my foot in
no more than an hour. As it turns out, this would save my life,
but of course, I didn't know that then. As my walking was getting
more painful still, I suddenly felt Magrutshka pull up my arm
around her shoulder, and thus we continued our hazardous journey,
the two of us hubbled moorvingly together into a ball.
"Climb up there, Ed, and tell me what you see." Harry's voice
came faintly to me through the shrieking windchimers. We had been
walking for some eight odd hours, and I would have fallen to my knees
many times if it hadn't been for Magrutshka's incredible resistance.
She eased me gently to the ground as I prepared to die next to the
other two, and I could feel genuine concern in her eyes through
her dark opaque glasses. I pressed her hand gently, to tell her I
was OK, which was a bit of an ile, my left leg feeling like a lucrous
shrim-in-the-box.
Even though Barnsfield didn't like being ordered about, he did
exactly what he was told, and was up the grand ice kabblock in record
breaking time.
"Come up, the ship's here!".
I had never heard excitement in Barnsfield's voice, and would
never hear it again.
I was so weak that Magrutshka had to carry me up the steep begooney,
but we made it safely up. The ship was underneath, warmly shleathed in
molassing harbowax, her patooned frontlights glowing blurish in the
endless night. It was a comforting sight of course, although this is
where real trouble actually began. What was a frantic killer like
Harry going to do once on board the ship?
We were never to find out.
Both Barnsfield and Magrutshka leaped for Harry's hotchers, while
I attempted to tear off the lumpers from his feet. Harry soon lost balance,
and Barnsfield's sharp surgical goofersnap caught him on the way down.
He had his pantyfrockies down by now, his balloonish blots exposed to
the cold suddenly becoming violent blue. Magrutshka projected
her thinger-fork readily through his parbbles, which sent Harry howling
like a hound. I was fiercely biting the loose part of his mellow
grapock, a strange taste of cheese in my bloody mouth, when Barnsfield
and Magrutshka caught him by the shoulders and threw him down the icy
bullstock. I was about to spit the stale grapock flesh from my mouth,
when I was drilled by the piercing cry that immediately followed the
pluffed sound of Harry's squashing body some hundred yards below.
I looked up just in time to see Magrushka losing balance, her mouldy
hand vainly seeking mine, falling down the bangees with frenzied
mathbows. With suddenly revived energy, I was down the steep icy
barbock in no time, next to her. It didn't take a great medic
plumdoctor to know what the awkward position of her slavoned bygoon
neck meant.
"She's dead", I said, and through her torn pale blue harlowitz,
my hands were faithfully cupped on the wondrous beauty of her now
motionless darbbles, under which her yet cold slitty ingo boomer
beated no more.
Life without Estelle
(A Philippe Gluckman Film)
Living without Estelle
Few days without Estelle
Day without Estelle
Days without Estelle
...
Years without Estelle?
Alexander Omstein était un jeune homme ploumide et mou (mais
souriant). Se tenant le plus souvent penché en avant. Il a vingt
et an ans à l'époque où démarre notre histoire.
Quelle histoire?
Giacomo de la Frütten était un veillard de quarante ans
environ, barbe, stature imposante, pose le plus souvent, un
rire sonore. C'etait là le maître
à penser là-bas, s'aperçu-t'on
(par la suite). Ceci est la genèse de l'uvre
de ce siècle.
Mais restons en là.
Une journée sans Estelle
Journées sans Estelle
Sans Estelle
Années sans Estelle?
Alexander Omstein était un jeune homme ploumide et mou.
Elle blusha
violemment quand il lui proposa,
et c'était pour le soir même. Plus tard:
autour d'un verre.
C'est la deuxième fois que je te ferais rougir pensa-t'il,
avant d'entamer un discours préparé de longue date.
Plus tard dans la soirée,
ils se retrouvèrent autour d'un verre, à la
Rhumerie, dans la salle du fond, qu'elle avait choisie, n'aimant pas
l'agitation du Boulevard. Le théâtre
d'une société
bruyante et agée, mais
qui ne resta pas. La salle se vida enfin, mais le bruit continuait de
venir d'à coté.
Il était question de chaussures.
- Et tu n'as pas été emportée par le vent?
Cette phrase, soigneusement elaborée l'avant-veille,
ne la fit pas rire suffisament.
Puis ils parlèrent, comme beaucoup ce jour là,
de la tempête qui venait
de ravager Paris. La vieille femme transpercée par un volet dans
le Val de Marne n'avait pas été sa grand-mère,
on en fut soulagé.
Il raconta l'échafaudage écroulé dans sa cour,
le bruit que cela
avait fait. Puis, il n'eut rien à dire.
Enfin, enfin, il servit, avec méthode,
le discours cent fois répété,
appris auprès d'Esperanza,
ces sempiternelles variantes,
le discours, sur son amour.
Le jeune femme rougit.
Elle refusera, gentiment, mais elle refusera.
La scene se passera rue des Rosiers, dans un appartement, petit.
On entendra au loin le son lointain d'une synagogue.
Il fera chaud. La fenètre
sera entrouverte. Elle dormira, ou fera semblant de dormir.
La tradition entre eux voulait qu'il lui racontât
au moment du déjeuner le rêve qu'il avait eu d'elle
la nuit précédente.
Au besoin il le fabriquait (maladroitement).
Dear Uncle Humbert,
Ayant du garder le lit ces six derniers mois en raisons
d'ennuis de santé somme toute mineurs, j'ai enfin pu reprendre
le travail sur mon double roman, figurant deux thèmes radicalement
opposés, et qui me semblent prometteurs, meme si je n'y avance
qu'avec peine égale.
Le premier met en scène un Alexander Omstein,
ce nom m'étant particulierement agréable.
Le second, dont le titre
ne sera pas arreté avant quelques mois,
idéalise un personnage fictif
de jeune fille, Estelle.
Dear Uncle Humbert,
Il pleut ici, et le bruit dans ma chambre est insupportable
(peut-être le Frigidaire), si bien que j'ai du abandonner mon
roman, ne parvenant pas à me concentrer.
(Neuer Fassung)
Dear Uncle Harry,
Il pleut ici, et le bruit est insupportable (peut-être le
Frigidaire), aussi ai-je du abandonner mon travail.
ATHLET: ...
TUCHBAND:
ATHLET, (tendrement): Parle-moi donc.
TUCHBAND: Mais.
ATHLET, (rapide): Nous pouvons parler de cela. On est
entre amis. Tu es si discrète. Tu es si belle. Tu.
TUCHBAND: Bien sûr. Je ne disais rien. J'habite Place des
Fêtes.
J'habite Rue des Rosiers. J'habite à la Station Volontaires. J'y
habite essentiellement le week-end.
(Gros yeux de l'Athlète).
ATHLET: Le week-end? J'avais senti quelque chose de ce genre.
Malgré ta discrétion.
TUCHBAND: Discrétion?
ATHLET: Tu n'en parles jamais. Pourquoi ne parles-tu jamais?
TUCHBAND: J'écoute les autres. C'est souvent comme des oiseaux.
Pourquoi donc parlerais-je?
ATHLET (reprenant, à bout d'arguments): Nous pouvons
nous dire. Nous sommes amis. Nous sommes amis?
TUCHBAND (sourire): Nous sommes amis.
ATHLET: Évidemment. Et c'est la vie.
Ta vie, m'interesse, Estelle.
TUCHBAND: Je ne suis pas Estelle.
On nous apporta du Champagne Cuvée Club
et les convives se mirent
à boire. Aussitôt les langues se delièrent.
(Un temps)
ESTELLE: Je ne suis pas Tuchband.
Dear Uncle Harry,
Aujourd'hui j'ai enfin pu consacrer trois heures pleines à mon
nouveau roman "Journées sans Estelle".
J'avance bien, même si l'ampleur de la tâche
m'effraie parfois.
A part ça, il fait beau.
dear uncle harry
(Fin du premier livre)
TRIPTYQUE (Panneau Central) -
J'écoute l'Art de la Fugue de Jean Sébastien Bach.
C'est l'interprétation de Hermann Scherchen et l'orchestration.
La musique de Bach me fascine. J'y reviens toujours. Là, c'est
l'orchestration de Hermann Scherchen, et c'est lui qui dirige
aussi. La musique n'a été écrite
que pour quatre portées, la
musique a été écrite pour quatre lignes musicales.
On ne sait
pas pour quel instrument. Ici c'est Hermann Scherchen qui l'a
fait pour orchestre, et c'est lui qui joue, c'est très
romantique. Il joue très lentement, beaucoup de sentiment,
très, comment dire. Je reviens toujours à la musique de Bach.
Ce qui est incroyable avec la musique de Bach, c'est que sa
musique marche dans tous les sens, on peut la mettre à tous
les styles, et ça marche encore. Ça
m'est égal, c'est bien qu'il y a
des puristes qui jouent la musique exactement comment elle
devait être dans le temps, mais aussi j'aime qu'on peut essayer
autre chose, beaucoup d'autres choses, et ça marche encore.
Pour moi l'interprétation
presque idéale de Bach c'est celle d'Alfred
Brendel, mais hélas il n'a fait qu'un disque. Et puis j'aime
bien que toutes les autres interprétations sont possibles
aussi, et ça marche encore.
Ça éclaire la musique de plein
de choses différentes. Parfois, ça
montre des choses qu'on n'avait à peine entendues,
des nouvelles possibilités.
J'ai discuté l'interprétation
de Scherchen avec Nicolas, il m'a dit que ça ne le derangeait
pas, que c'est aussi intensément sentimental, aussi romantique.
Alors je sens que je peux aimer sans faire une faute de goût.
Bach n'a pas fini l'Art de la Fugue. Cette musique n'est
pas pour instruments, elle est abstraite. Pour moi c'est
là le sommet de l'achèvement humain.
(Peut-être aussi les
sonates de Beethoven?). Un jour j'ai entendu Alfred Brendel
jouer l'op.111 [la dernière sonate pour piano de Beethoven].
Qu'est-ce qu'il aurait pu jouer après ça,
en bis, je me
demandais, peut-être rien. Le grand homme décida de jouer
le choral "Num komm, der Heiden Heiland" de Bach.
Quelle grande intelligence! Quoi d'autre
aurait été possible, que Bach?
N'est-ce pas révélateur que Beethoven, à la fin
de sa vie, s'est lui aussi mis à écrire des fugues, dans
ses dernières sonates et quatuors?
Bach est toute la musique, on
y trouvera l'indication de tous les styles, on le revisitera
plein de fois, et à chaque fois on y trouve des choses nouvelles.
Bach n'a pas fini l'Art de la Fugue. La fugue était
vraiment sa forme favorite, celle qu'on associe toujours
à Bach. L'Art de la Fugue est probablement le couronnement.
Il composait la dernière fugue quand il est mort,
elle est restée
inachevée. Je n'aime pas quand la biographie du compositeur
vient polluer la pureté de la musique, mais cet exemple est
si frappant. L'Art de la Fugue, la fugue était la forme
préférée de Bach.
L'Art de la Fugue est deux heures
de musique faite à partir de juste un sujet simple de huit notes.
Bach est mort en composant la dernière fugue. C'est une triple
fugue (à trois sujets). D'abord,
il y a une fugue qui est basée
sur le sujet de tout l'Art de la Fugue (mais un peu
différent). C'est lent et majestueux, avec Scherchen, c'est chaud,
très lent, et cuivré, une sonorité très pleine,
un peu comme le Walhall-motiv du
Ring de Wagner. Puis cette première fugue s'éteint, et
se fond directement dans la deuxième fugue, les voix disparaissent
pour laisser place à juste une voix qui fait seule le second
sujet, puis est rejointe par les autres. Ça est un sujet plus
rapide (mais pas trop), plus agile et coulant, et Scherchen
a mis ça aux cordes. On continue la fugue et puis il y a des
moments incroyables oû les deux sujets se superposent, le gros
sujet de la première fugue, solennel, qui soutient le sujet plus
delié de la seconde fugue, et puis à chaque fois
que ça arrive,
Scherchen joue vraiment ff, et vraiment très lent. Enfin,
tout s'éteint de nouveau, c'est un peu le silence, et puis
extrèmement lent, ça
arrive la dernière fugue, elle est toute
simple, très simple, en fait...
...c'est les lettres du nom B.A.C.H. qui font le dernier sujet.
La lenteur de Scherchen est incroyable. Plusieurs fois on entend
B.A.C.H., une voix après l'autre,
avec une incroyable lenteur, et un mélange de vents
et de cordes. Et puis ça
continue un peu comme ça, et puis finalement
la musique prend un tout petit peu de vitesse et d'ampleur, et un
peu plus fort, et puis à ce moment là
on sent qu'on se dirige vers
quelque chose de grand, et, introduit par le deuxième sujet, on
arrive à la récapitulation,
la superposition des trois sujets...
...d'abord le sujet deux, toujours aux cordes,
puis très fort le sujet
un aux cuivres, faisant une assise très forte, et enfin couronnant
tout B.A.C.H. au dessus de tout ça, l'ensemble...
...qui enfin aboutit de toute l'uvre,
mais alors que ce n'est même
pas fini, les voix s'arrètent...
...et la ligne du deuxième sujet se trouve à
continuer toute seule
un tout petit peu, mais elle aussi s'arrète en plein vol, sans
finir et...
...se dissout dans le néant, et puis c'est le silence. Je crois son
fils, qui prenait la musique en dictée,
a écrit quelque chose comme
"en composant cette triple fugue dans laquelle les lettres B.A.C.H.
sont utilisées comme sujet, le compositeur est mort."
Et dire qu'il y a des cons qui finissent cette fugue!
J'écoute ça encore.
Je suis dans le silence après la fin. Je sens qu'il n'y a plus rien.
Je prends un couteau de cuisine. J'essaie de me trancher les veines.
J'ai une artère qui est une malformation, qui pousse au dessus du
pouce. Je l'attaque au couteau de cuisine.
Mais ça ne marche pas
très bien. J'ai fait des traces de rouge mais il n'y a pas vraiment
le sang que je croyais qui allait sortir. Et puis ça fait mal,
et je commence à pleurer trop en pensant que je serais mort.
(Second livre.)
Mesterfrühtz am Platz (juni august)
Mon Bon Monsieur Harry,
Mon oeuvre est un âbime vertigineux.
Plus je m'y plonge, plus il s'agrandit. J'ai donc decider de.
Bien à vous,
(Quelques machins plus tard:)
Figurant (fredonne): Je suis un petit garçon;
je suis mignon je suis con;
Rideau
[Le texte qui suit est le seul survivant d'un recueil plus large
de récits montagnards, constituant la période
dite "alpestre" de notre auteur.
De toute évidence, les expériences de montagne firent une
impression indélébile sur le jeune Gluckman, qu'il devait
porter sa vie entière,
et dont on retrouvera les traces les plus nettes
dans les fantaisies cyclistes de la maturité.
Il apparait que Gluckman aurait visé un effet similaire à
celui produit par certaines uvres d'Igor Stravinski, post-"Sacre
du Printemps", à savoir: où veut-il donc
en venir? Le ton est-il
sérieux, ironique, est-ce un hommage, un pastiche? Ces questions
sans résolution laisseront le lecteur intrigué plus encore que
les audaces les plus flamboyantes, ne sachant comment
appréhender le texte, ressentant sans doute
une frustration amère.
Si la caricature est donc ici moins bruyante que dans
le livre précédent,
qu'on ne s'y trompe pas:
La maladresse affirmée des répétitions
et clichés,
l'approximation du travail de documentation,
les douces incohérences du récit,
sont autant de jalons impitoyables vers
l'"échec de la fiction",
qui prendra sa forme irrémédiable dans les volumes suivants.]
L'auto Jeep de Régis Fabre stoppa net devant le bureau des guides.
Régis en sortit de ce pas démesurément
lent des montagnards,
coupa soigneusement le contact, monta posément les marches du perron
et entra un peu plus tard au bureau, l'air faussement jovial. C'était
là une maison traditionelle batie en pierres de Lauze
si plaisamment
typiques du folklore local.
Régis était bourru, et son frère Daniel,
grand et élancé,
l'y avait apparement
précédé.
Il était assis et se balançait
nonchalament sur une chaise de bois,
le dos atteignant une courbure peu réaliste.
Il discutait lassement avec des
clients potentiels qui imprudents n'avaient jamais mis pied en montagne
mais se vantaient d'être cyclistes.
Au moment même où Régis entra,
Daniel l'interpella avec cette
vivacité étonnante pour un homme de son âge,
mais qui ne saurait surprendre
dans ces régions où l'air est raréfié.
"Oh, Régis! Tu emmenerais ces gens
à la Levanna Occidentale?"
Il avait un épais accent savoyard que nul ne
parvenait à comprendre.
-Oui, dites oui, Monsieur Régis!" renchérirent
simultanément les
trois novices, tapis timidement dans un coin de pièce
tant cette atmosphère
bourrue des rudes gens de la montagne leur paraissait
neuve et terrifiante.
"Bon. Admettons que je sois d'accord, reprit Régis qui ne parlait
que peu, mais pas pour Samedi. Mercredi, j'emmène
un couple de Parisiens
à l'Albaron, Mardi deux célibataires au Charbonnel,
et Samedi les Anglais
de la Meije. Disons donc Vendredi. Vendredi,
à la première heure environ."
L'affaire fut ainsi conclue dans une explosion de joie.
Daniel inscrivit
à la hâte les noms des trois clients
sur un papier rose à lignes, puis le
froissa machinalement. Le guide avait un sens approximatif des affaires.
La scène à laquelle nous venons d'assister
se passait il y a fort
longtemps à Bonneval-sur-Arc,
petit hameau de Savoie de cent-cinquante
âmes environ, niché au fond de la vallée
de la Maurienne. Situé à 1800
mètres d'altitude environ,
ce pittoresque village est l'une des portes naturelles
du Parc National de la Vanoise et de l'alpinisme
dans ces régions abondament
boisées. On y rencontre des chamois.
Daniel et Régis Anselmet,
que nous avons vu abondamment à la
scène précédente, sont deux frères,
et les deux seuls guides à Bonneval,
qui en comptait pourtant jadis près de cent-cinquante environ.
Ils organisent
volontiers des courses de haute-montagne
collectives, privées ou semi-privées.
Certaines sont faciles, d'autres moins faciles,
et quelques rares courses fort difficiles
sont même réservées à l'élite.
La Levanna Occidentale, comptant sans aucun doute parmi les
plus faciles, avait pris la réputation,
au moment où débute notre histoire,
de passage obligé auprès des novices soucieux
de s'initier à la haute altitude.
Le Mercredi soir,
par un temps hélas rendu pluvieux par le climat défavorable,
Régis, de cette foulée longue, lente,
régulière et rude dont s'affublent les vétérans
alpestres et chevronnés, montait au refuge du Carro,
pour effectuer le lendemain
l'ascension de la Levanna Occidentale avec ses nouveaux clients.
Il était
exténué ce jour-là,
étant parti le jour même pour une longue course avec
des clients insuffisament expérimentés,
qu'il fallait trop souvent retenir à bout
de corde ou carrément héler à
la force des bras. Après un bonne heure de
marche environ, suant abondamment sous son épais
tricot de laine rouge
malgré le temps froid, humide et couvert,
il arriva vers cinq heures environ
au refuge, sous un soleil radieux.
"Tes clients t'attendent, Régis!,
héla jovialement le gardien, dont l'épais
accent savoyard se comprenait à peine.
Voilà près de trois quarts-d'heure
qu'ils sont là et n'ont pas même
desserré la bouche.
Et rien consommé de surcroit!"
Le gardien, avare peut-être,
avait toutefois un redoutable sens des affaires.
"D'accord! répondit Régis du même ton
enjoué malgré la fatigue.
"Apporte-moi une bière. C'est que, vois-tu, j'ai soif."
Régis promena sa démarche lourde et pesante
dans la salle de réfectoire, où
régnait une puissante odeur de chloroforme. Il chaussa ces chaussons
en plastique si caractéristiques du charme pittoresque des refuges
alpestres et isolés. Autour d'un violent
feu de bois séchaient chaussures,
chaussettes et piolets. Sans se faire prier,
Régis fit connaissance de
ses clients. Il se perdit en mondanités
que son accent rendaient difficiles
à suivre, et s'excusa de l'atmosphère rustique
et humide du lieu, mais
c'était là précisément
ce que cherchaient les touristes. On parla voyages,
un sujet apparemment cher à nos amis,
qui relatèrent face à un auditoire
captivé leurs experiences dans le Haut-Atlas Marocain,
un périple
mémorable dont ils avaient rapporté
quelques cent-cinquante photos
couleur environ, dont ils projetèrent les meilleurs moments.
Régis lui,
bourru, n'avait jamais poussé plus loin que Chambéry,
où on disait
qu'il avait eu une affaire de cur.
Les clients furent alors
frappés par l'étrangeté de son visage.
Son menton se détachait
exagérément du reste du visage,
se terminant par une fossette
trop marquée, qui donnait à sa physionomie
une teinte rendue plus disgrâcieuse encore par la lueur
vacillante du feu. Ce fut là bien sûr la fin
de l'entretien.
On s'y habitua toutefois,
et bientôt ce ne fut plus qu'un mauvais souvenir, la fète
reprit son train.
La soupe ne fut servie que bien plus tard, comme le veut
la tradition, dans cette ambiance châleureuse
si particulière aux
refuges et si chère aux alpinistes
qui jamais n'ont su la recréer
dans la vallée. On échangeait des récits
d'exploits édulcorés de
mille et un détails, d'autres le Génépy
aidant riaient de bon cur
aux plaisanteries les plus courtes, d'autres encore se tenaient
enlacés malgré leurs piolets, pris de cette douce ivresse que
seul peut provoquer le crépuscule en haute altitude.
Régis enfin
discutait calmement de la course du lendemain avec ses aimables
clients, détaillant les ultimes préparatifs, gloussant avec
délicatesse aux quelques drôleries autrement
souvent écartées de l'atmosphère
solennelle des hautes
cimes. Daniel, l'autre guide, frère de Régis,
était là également,
soigneusement dissimulé dans la foule. Lui aussi devait tenter
la Levanna le lendemain mais avec d'autres clients, et il avait
été convenu que Régis partirait le premier.
Il régnait là une gentille
atmosphère bon-enfant qui seule peut se trouver dans cette
société de montagnards,
et que ne venait troubler que le vent soufflant
en rafales sporadiques et glacées
par la fenètre grande ouverte.
Après avoir tant mangé,
bien bu, bien ri, la conversation se fit
enfin plus rare. Les alpinistes partaient un à un trouver leurs lits,
de ce pas lents des montagnards, en vue de la journée du lendemain
qui s'annonçait à la fois difficile et pleine de promesse.
Dès neuf heures et demie il ne resta plus
que Régis et Daniel
dans la salle à peine eclairée
par le feu mourant. Tous étaient au lit,
mais aucun ne trouvait le sommeil, exception faite des deux guides
qui dormaient déjà à poings fermés,
allongés sur le dos, le visage
tranquille et confiant, comme deux grands enfants.
Pour les autres, le lendemain s'annonçait à
la fois si excitant et terrible que pas un ne trouva d'abord ce
sommeil pourtant âprement désiré.
Le lendemain, le coq n'avait pas encore chanté que, vers trois heures
du matin, Régis éveilla ses clients qui venaient pourtant
enfin de s'assoupir.
Un déjeuner abondant et grave les attendait dans la
salle principale,
qui offrait un aspect bien différent
de la veille: Il régnait
là une certaine austérité,
dans laquelle se lisait l'angoisse de la journée à venir.
On mangea dans un silence recueilli, en scrutant
l'obscurité à travers
les vitres embuées. La radio apportait des nouvelles confuses de la
vallée mais on aurait
préféré ne pas savoir. Les gestes
étaient lourds, précis, comme le seraient tout
à l'heure chaque pas dans la neige glacée.
Les clients de Régis étaient
au nombre de quatre environ. Un homme
d'une quarantaine d'années environ, chauve,
s'était joint aux trois
déja rencontrés au Bureau des Guides.
Il parlait peu, ne semblait
pas vouloir se lier d'amitié,
ni même sacrifier aux plus simples exigences
de la vie mondaine, sans pour autant paraître antipathique. On ne
put rien savoir de lui, si ce n'est qu'il avait
été médecin et heureux
en mariage, et encore ces informations ne furent-elles
révélées que
dans la plus stricte confidence.
Puis on s'achemina péniblement
vers le ratelier où, la veille,
on avait soigneusement entreposé chaussures et chaussettes,
les échangeant pour ces pittoresques chaussons
de caoutchouc à semelle
anti-dérapante si typiques des refuges alpins.
Tout cela était gelé
maintenant, les lourdes chaussures durcies par la fraîcheur nocturne,
si bien qu'il fallut faire usage du piolet pour ramollir les chaussettes
et y entrer le pied, gonflé de surcroit par une nuit de sommeil
profond en altitude.
Cette fois, plus un article de vêtement ne restait dans
le sac-à-dos: Chacun s'emmitouflait de son mieux de toutes ses
possessions, sentant par avance le froid mordant
à l'extérieur, et
qui par la fenètre ouverte s'engouffrait
par bourrasques irrégulières
jusqu'aux recoins de la barraque
où il fallait balayer constamment.
Ils quittèrent donc la sécurité
précaire du refuge peu avant le jour,
à la lueur vacillante des lampes frontales. Les premiers pas furent
pénibles: bien qu'essayant de suivre
de leur mieux le guide à la
trace, les novices trébuchaient fréquemment.
La progression se
faisait lentement sur une longue moraine,
sous le double poids du pierrier et la tradition,
aiguisée de cailloux
ascerbes, qui allait mourir bien plus bas dans la vallée,
se jetant dans la Maurienne,
comme entraînée irrésistiblement vers l'Océan.
Fort heureusement, ils quittèrent
bientôt ces roches inhospitalières
et trouvèrent des pentes plus douces que l'herbe n'avait pas encore
entamées. Ici la neige était légèrement
durcie par l'impitoyable
gel nocturne, qui leur renvoyait doucement la faible clarté
de la lune. Le bruit des chaussures et des piolets perçant la
fine croûte glacée emprunta ce rythme régulier
qui caractérise
ces hautes contrées arides, que la pente croissante ne vint
même pas altérer. Chacun était tendu,
se concentrant sur
les traces, sans oser regarder en arrière pour évaluer
le chemin parcouru. Devant eux, terrible et magique, se dressant
en silhouette avant même les premières
clartés du ciel, la Levanna
Occidentale, de ses 3591 mètres d'altitude,
naine pourtant face au Mt Blanc plus fier encore
mais aujourd'hui perdu dans la brume,
paraissait surveiller leur approche.
Les cinq hommes atteignirent un vaste plateau rocheux,
où ils se relâchèrent un instant.
La marche d'approche les avait
quelque peu réchauffés mais
à l'arrêt le froid mordait tout de
même. Régis engagea ses clients
à manger et chacun fit de
son mieux, en dépit
d'une certaine nausée due à l'altitude. Le paysage
se découvrait doucement,
rendu confus par endroits par une discrète
brume matinale. La pause fut brève. La marche reprit sur une pente
neigeuse plus soutenue encore. Ils eurent tôt fait d'imiter
à nouveau la lente
cadence imposée par Régis,
calant sur lui jusqu'à leur respiration.
Tous avaient l'appréhension
compréhensible du débutant, qui craint
de regarder le vide et détourne vivement
la tête dès qu'il serait en vue.
Aussi fixaient-ils ardemment chaque pas, sans se lasser,
laissant le rythme lancinant de la marche les envahir entiers.
Heureusement le
brouillard masquait la dénivellation jusqu'alors parcourue.
Le souffle se faisait plus pesant, et bien que la lumière amenait
maintenant une timide châleur,
l'air brulait encore, à chaque inspiration.
La montée se faisait en de larges zig-zags,
comme le veut la tradition
alpine. On attendait avec impatience croissante le prochain virage
pour soulager la brûlure à la jambe avale.
À mi-pente, ils firent un second arrêt
sur une minuscule vire
rocheuse émergeant isolée de la vaste étendue
blanche et discrètement ridée.
Régis les força à manger de nouveau,
puis patiemment leur
fit chausser les crampons. La dernière phase de
l'ascension était
plus raide encore. Heureusement, encordés maintenant, ils purent
s'initier à la marche en crampons,
surnommés "crabes" par les gens de la montagne,
ce qui ne fut pas sans mal.
Évitant soigneusement de marcher sur la corde,
les novices tâtèrent
prudemment la neige, guidés
par la patience infinie de Régis, qui
visiblement n'en était pas à
ses premiers débutants, et qui adoptait
un ton de voix d'une douceur surprenante chez un homme de cette
stature, comme si il s'était occupé de jeunes enfants.
Ils atteignirent enfin l'arète sommitale.
Un vent terrible y soufflait,
dispersant des paquets de neige en autant
d'aiguilles brûlantes et acérées.
Les nuages s'élançaient à l'assaut du ciel,
comme projetés par dessus
l'arète, courant le versant opposé de la Levanna,
rendue plus terrible
à cette altitude.
La visibilité était nulle,
ce qui du moins dérobait
l'arète de son aspect vertigineux.
Le froid devint plus rigoureux. L'altitude
et la fatigue se firent enfin sentir, impitoyables.
L'arète s'élevait en
pente douce mais accidentée.
La marche fut pénible sur ce relief
inhospitalier. Le crampon venait parfois à buter
sur un rocher dissimulé,
cassant le rythme de la progression.
Ils franchirent ainsi une série
de monticules, croyant à chaque fois
en la promesse déçue du sommet,
les conditions ne permettant pas d'évaluer
la longueur exacte de l'arète.
Enfin, vers huit heures du matin environ,
les six hommes atteignirent un dôme de neige
sans prétention, coiffé d'une cage en fer
- en fait une balise géodésique
de l'armée suisse: Le sommet!
Ils furent d'abord trop fatigués
pour célébrer dignement l'évènement.
Il y avait pourtant lieu d'être fier.
Sans parler de quelques menus incidents,
l'ascension s'était déroulée sans anicroche.
Le sommet était réduit et vertigineux,
d'autant plus périlleux que
les bourrasques de vent rendaient la station debout malaisée.
Le ciel
était clair, et l'on voyait jusqu'à la Suisse lointaine,
où l'on croyait deviner de petits
villages tranquilles, nichés
dans leurs alcôves confortables et enneigées. Des blocs
de granits noirâtres et sinistres plongeaient
précipitamment vers le
versant Italien, bientôt perdus de vue parmi les nuages abondants.
Le guide s'installa sur l'une de ces roches, dodelinant nonchalamment
les pieds d'un léger mouvement de balancier au dessus du vide.
Les quatre novices se blottirent tous regroupés dans son dos,
comme un passager aggriperait un motard, grelottant encore et saisis
par la majesté du lieu.
Le flot puissant et incessant des nuages donnait
l'impression énivrante que la montagne se propulsait
perpétuellement vers le bas.
Un oiseau léger et joyeux
vint délicatement se poser sur le genou de Régis,
qui en siffla une imitation
si parfaite qu'on eût dit qu'il dialoguait avec l'animal.
L'oiseau s'envola,
alors qu'une autre cordée arrivait
en chantant malgré le froid.
C'était celle de Daniel.
Ce fut comme le signal du déjeuner.
Tous passèrent à table avec un égal bonheur,
oubliant un
instant leur fatigue extrème et la peine qu'occasionne l'air
raréfié de haute altitude.
Les rations avaient été soigneusement
mesurées, constituées essentiellement de fruits secs, et d'un
mélange plutôt curieux fort
en vogue chez les sherpas. Régis
produisit lui-même une boite de Raviolis en sauce, une heureuse
surprise qu'il fut pourtant seul à déguster. L'homme avait un
appétit inépuisable, et mâchait
de cette lenteur placide et
bourrue qui marque les visages des guides. Le repas se déroula
autrement sans incident, jusqu'à ce que Daniel
créât l'évènement:
Il avait dans sa gourde un mélange de thé et de vin dont il
proposa une rasade à tous, mais qui fut unanimement refusé.
Le vent soufflait tant qu'il n'était pas possible de verser
le liquide, donc on but directement à la bouteille.
Seul Régis
ne s'étonna pas outre-mesure, tant il est vrai que les deux
frères partageaient une intimité parfois acerbe depuis leur
plus jeune âge. Ces pratiques étranges
étaient alors courantes en Savoie,
ainsi qu'on le verra plus loin.
De temps à autre, Régis jetait des regards furtifs vers
le bas, enveloppé de brouillard, et pâlissait
légèrement, malgré
le vent. Il fit cette étrange grimace à
plusieurs reprises au cours
du repas, de plus en plus souvent, au point où sa personne
entière ne fût
plus qu'une suite ininterrompue de tressaillements
semi-grotesques. Daniel prétendait ne rien remarquer de ce
curieux manège, entretenant la conversation à grand peine,
puisant dans son large répertoire de souvenirs de courses en
haute-montagne, versant même
par jeu une partie de sa précieuse
gourde pour savoir si le contenu pourrait en toucher la paroi
côté Autrichien.
Il répéta l'expérience
côté Français mais on
se desintéressa de lui, alors que le vent
éclaboussait le liquide
sur ses knickers. On entendit au loin un grondement sourd
d'avalanche qui, perçant le brouillard et
porté sans doute par
le vent, montait de la vallée invisible.
Puis ce fut la sirène
inattendue d'un camion, distante et confuse, et peut-être un
cri d'enfant. Évariste-bas, Dieu du Vent des Montagnes,
déposait
là ses plus étranges trouvailles.
Daniel s'était figé enfin,
ne parlait plus, immobile, fixait intensément
son frère Régis.
Ce dernier s'était dressé,
lentement d'abord, puis
debout, fléchi, le corps tendu comme entièrement
porté à l'écoute.
Subitement, comme répondant à quelque signal animal,
avec une célérité surprenante
chez un homme de sa robuste
corpulence,
il se libéra de ses crampons, se déchaussa,
ôta sa veste, son piolet,
la plia et la rangea dans son sac, trancha la corde d'un coup sec
de son couteau Opinel, et en un éclair disparut en
ramasse. (La ramasse est une technique de descente
en vogue chez les montagnards, qui consiste à se laisser
glisser sur la neige solidement campé sur les chaussures,
en s'équilibrant du piolet comme d'une gaffe,
imitant un skieur.)
L'action était survenue si brève que Daniel
n'avait guère eu que le temps
de se précipiter pour l'apercevoir disparaître
derrière un
promontoire rocheux, avant d'être comme
englouti par le brouillard.
Daniel poussa un long soupir, son corps étrangement avachi
exprimant tragiquement son dépit. Il songea un instant puis
se recoucha, la neige étant si douce.
Il fallait appeler Régis
de toute la puissance de sa voix, mais se retenant tout juste:
"Si je hurle, je vais lui envoyer une avalanche sur la
tête..."
Puis, plus haut, s'adressant aux clients:
"Ne vous inquiétez point... Cela arrive parfois...
C'est dans sa nature d'agir ainsi, et, l'altitude aidant,
le vent... Déjà petit, quand nous jouions aux
alpages, plus tard même, une vieille
histoire, il reviendra, après, aujourd'hui, ou sans doute
de préférence dans la soirée,
quand le vent sera tombé...
Ne l'attendons pas ici, voulez-vous? D'ailleurs il n'a
pas indiqué sûr s'il reviendrait. Il se peut qu'il descende
maintenant dans la vallée. C'est une vieille histoire..."
Il se fit un silence marqué.
Ce fut un moment rare de réflexion et d'examen pour ces hommes rudes
et rompus à la tragédie.
Daniel avait pour son jeune frère une affection
démesurée, même si de nature particulière,
et si on les
sentait si profondément différents, il se gardait bien
d'en trop montrer. Des souvenirs de leurs jeux innocents
dans les alpages, leurs galipettes dans les fourrées
ensoleillés, se pressèrent à son esprit.
Il refoula
aussitôt l'afflux torrentiel d'émotions, refusant de
se gagner par la nostalgie d'un passé si longuement révolu.
Après tout, n'avait-il pas suffisament payé?
Il reprit calmement, et de nouveau c'était le guide,
superbe et autoritaire, qui parlait:
"Il faut descendre. En partant maintenant nous serions
vers une heure en bas environ.
Il nous attendrons donc bien, à l'auberge
des Mélèzes..."
Il les examina. Ils avaient tous froid maintenant, semblaient
défaits, leur bonne volonté ne
laissait toutefois aucun doute. Ça
allait être plus dur que prévu.
Avait-on déjà vu un guide avec
deux cordées environ?
"Sans Régis, poursuivit-il sans
révéler ses doutes,
nous devrons former une cordée en octaèdre. Faites-moi
confiance..."
Ils le regardaient encore incrédules.
"Vous avez appris le nud de Bouline, n'est-ce-pas?
Allons, tous,
enlevons nos moufles!", et il montra résolument l'exemple.
Pendant que Daniel et ses clients amorçaient la longue
périlleuse descente, laissant le sommet de la Levanna se
perdre définitivement dans un
brouillard épais et tourmenté,
un être dont les yeux auraient pu percer le voile blanc
aurait aperçu, bien en dessous, sous le flanc Suisse de
la montagne, un corps perdu, divaguant apparement sans but.
(Le son de cloches, toujours distant,
se fait plus insistant.)
(Fin de la première partie.)
Le lendemain matin de fort bonne heure, alors que le soleil
effleurait à peine la vallée de ses premiers rayons, un des
puissants propriétaires du village, Charles Blanc, se rendait
d'un pas chaloupé et mesuré
à l'épicerie Anselmet, située au
beau milieu du village près
de la pittoresque place de l'église,
de cette allure
lente si commune en ces régions, que forge l'habitude de la
marche en haute altitude. Daniel l'avait entretenu la veille
dès son retour de la Levanna Occidentale de la curieuse disparition
de Régis, et bien que Charles se couchât ordinairement
tôt et ne fût pas homme à soutenir Régis, sans
doute pour d'anciennes questions d'argent ou d'héritage,
il venait s'enquérir des nouvelles, si on n'avait rien appris
pendant la nuit.
Daniel avait fort peu dormi, sa nuit hantée
de nombreux rêves, où avaient resurgi nombre de ses obsessions
enfantines (par exemple avec le nombre 23 environ),
et s'agaça d'abord de l'interruption matinale.
Puis reconnaissant l'aimable paysan, il lui offrit cordialement
un reste de fondue. Charles, qui n'était pas homme à
s'enflammer,
se fit pourtant du souci pour Régis. La nuit, déjà
glaciale au village, avait du paraître
particulièrement rude en
altitude. Daniel lui raconta en se douchant comment Régis
était parti sans raison apparente, fuyant presque,
du sommet de la Francezetti, dans des circonstances analogues
douze ans plut tôt environ,
par un jour de fort brouillard, aussitôt après avoir entendu
le grondement terrible d'une avalanche. Il était revenu
le soir même sans offrir d'explication. Les deux hommes,
nus, se regardèrent longuement, perdus dans leurs pensées.
Souvent le grondement des avalanches, ou même celui du tonnerre,
avait rendu Régis méconnaissable:
Il devenait animal, se figeant,
le corps tendu jusqu'à la rupture, les oreilles dressées aux
aguets, prèt à répondre
à une force inconnue. Son visage
ordinairement disgrâcieux revêtait
alors une expression à la
fois grotesque et puissante, admirable ou peut-être effrayante.
Charles retournait ces évènements
dans sa tête tout en frottant la peau de ses mollets,
sans parvenir à bien comprendre.
Peut-être Régis était-il appelé
par Parma-haute, déesse des avalanches,
dans l'étreinte mortelle de sa légendaire robe blanche.
Cela s'était vu: Il se rappela d'Edgar,
un jeune homme ploumide et mou qui, jadis, fiancé avec le vent,
s'était jeté du haut de la Grand Casse,
dans une ultime parade
nuptiale. Charles rentra péniblement chez lui, d'un pas lourd,
l'air égaré, passa au poulailler
et se fit cuire des ufs
à la coque.
Quelques mois plus tard, il se trouvait à Modane avec sa vieille
Simca, dont c'était là
un des plus longs voyages.
Son but était d'affréter un hélicoptère
pour effectuer une reconnaissance
de la Levanna, car sa fortune, accumulée en fermage,
le lui permettait. L'homme, malgré ses manières rustiques,
était doté d'un prodigieux sens des affaires.
Hélas, il y avait trop de vent
ce jour-là pour que l'engin approchât
suffisament la montagne. Hors de question dans ces conditions
d'apercevoir un homme même en perdition, d'autant qu'un épais
rideau de nuages se pressait contre les cimes. Fort heureusement,
il put se faire rembourser une partie des frais de location,
arguant avec conviction que l'appareil n'avait pas quitté le sol
suffisament de temps, que l'expédition
s'était soldée par un échec.
Il ne goûtait de toutes façons pas ces machines volantes,
les approchait avec une certaine superstition, et méprisait
généralement ceux qui vivaient de l'aviation,
qui à leur tour
respectaient suffisament sa fortune reconnue
pour tolérer ses humeurs.
Charles décida aussitôt de regagner Bonneval au plus vite,
niché au fond de la vallée de l'Arve,
et de partir à pied cette fois
pour la Levanna, en empruntant le versant Italien, avec Daniel
Anselmet. Tous deux, grâce à leur intelligence incomparable
du terrain, seuls pouvaient réussir là
où d'aucuns ne passeraient
pas, et sauveraient Régis,
s'il pouvait encore être sauvé.
Daniel s'enthousiasma pour le projet. Il n'avait heureusement aucune
course prévue pour le lendemain. Il accepta donc, et les deux hommes
se mirent en route dès ce soir-là
pour le col des Pariotes, de
cette lente foulée si déterminée
particulière aux montagnards.
La température paraissait supportable bien que lourde. Charles qui
à son habitude lisait parfaitement le ciel pressentait un orage
prochain. Ce sinistre augure ne découragea pas les deux hommes.
Le chemin était par endroit oblitéré
par des éboulis récents,
signe sinistre de drames imprévus, mais Charles et Daniel le
connaissait trop bien pour pouvoir s'égarer. Ils se sentaient tous
deux étonamment nerveux, pour des hommes de leur stature.
Jamais ascension n'avait revétu aspect aussi tragique. La
longue marche ne leur laissait que trop de temps pour retourner
cent fois environ les évènements dans leurs esprits,
et d'émettre cent
hypothèses plausibles quant au destin de Régis, ou sur
la cause drame. Se rendaient-ils donc là-haut à la
recherche d'un cadavre gelé? Les mouches les assaillaient
sans relâche, en bataillons serrés. De nombreux animaux
s'égayaient sous leur pas lourd et lent, rendant parfois la
progression malaisée. Le sol, saturé de boue,
jonché d'herbes glissantes, semblaient se dérober sous
les pesantes chaussures. Malgré leur incomparable
expérience de la haute montagne, l'un en paysan l'autre en guide,
Charles et Daniel n'avançaient que péniblement. L'Arc
coulant impétueux à leurs pieds les assourdissait d'un
grondement continu, que venait parfois interrompre quelque
bloc de rochers qui venait s'interposer entre les marcheurs
et le torrent, ou alors c'était le cri perçant de quelque
choucas, cherchant une pitance trop rare, ou enfin les marmottes
détalant sur les névés glissonant,
dans une course folle vers
la sécurité du terrier. De temps à autre,
le cri aigu et bref
d'une marmotte perçait l'atmosphère
projetant instantanément
des centaines de rongeurs environ dans une folle galopade vers la
sécurité de leurs terriers invisibles,
dévalant sur la neige.
L'essentiel de la marche se faisait sur la moraine accidentée
d'un glacier situé en amont, sous le double poids du relief et
la tradition, et dont on entendait parfois le
fracas des séracs, s'abattant comme des tours surdimensionées.
Parfois les deux hommes devaient traverser un névé
accidentel, poste avancé de ces neiges
éternelles qui les dominaient
encore, au loin. Le col des Pariotes s'était
rapproché. Il était
presque Midi environ. Il paraissait peu raisonnable de vouloir atteindre
le sommet de la Levanna le jour même, la neige trop molle et instable
rendant l'entreprise périlleuse dans l'apres-midi. De plus,
ainsi que Charles l'avait prédit,
un orage s'annonçait, roulant par le Nord. Ils espéraient
encore passer la nuit au refuge du Carro et remettre leur
expédition au lendemain.
Les deux hommes attinrent le haut des Pariotes après une
heure de marche environ. Ils traversèrent
ensuite une vaste dépression
tapissée de névés.
Mais le ciel s'obscurcissait dangereusement,
alourdissant l'atmosphère. Charles, se souvenant d'avoir
entendu les abeilles annonciatrices de la foudre en cet
endroit en de circonstances similaires, se fit plus urgent.
Ils décidèrent donc de gagner directement le Carro,
même s'ils
en étaient encore éloignés ayant emprunté
une voie d'accès
à la Levanna qui évitait le refuge.
Après le col, ils durent, en reprenant
de l'altitude, contourner par le versant Suisse une montagne
sans nom dont la masse imposante plongeait le plus beau de la
vallée dans l'ombre. Malgré
les nombreux chamois perchés sur
les rochers environnants, signe qu'on pouvait passer là même
si leurs rangs serrés rendaient le passage malaisé, le
paysan et le guide se hâtèrent de leur mieux.
L'air se satura d'électricité. Un vent frais se leva,
soufflant de violentes rafales, et soulevant des paquets
de neige aigus et glacés. Les cimes
s'enveloppèrent rapidement d'un
épais manteau de nuages, des tornades de neige et de glace se
soulevant ça et là,
sporadiques et dansantes. Le vent prenait
une vigueur accrue. En peu de temps, le blanc des
névés se confondit
avec le blanc du ciel. Charles et Daniel couraient maintenant,
fuyant l'orage! Que n'avaient-ils écouté
plus tôt l'instinct infaillible
du paysan! Face à eux s'ouvrait un vaste cirque,
à peu près
visible encore malgré le blizzard. Tous deux le connaissaient
parfaitement: Sur son versant Nord se nichait le refuge du
Carro...
Les deux hommes ne se sentirent pas sauvés pour autant.
Malgré
leur expérience du terrain, trouver le refuge n'était pas une
mince affaire. Le vent ne permettait pas une visibilité à plus
d'un mètre environ. Tout était blanc.
Les visages congestionnés par d'incessantes bourrasques de
neige, ils avançaient presqu'à l'aveuglette, tendrement
enlacés. Daniel put sentir pour la premiere fois le corps
rugueux du paysan, dont l'haleine exhalait un mélange
d'Apremont et de Génépy là où leurs bouches se
rejoignaient
par mégarde. Ils parvinrent tout de même au centre du
cirque et cherchèrent leur orientation, tant bien que mal.
Malgré l'immense clameur du vent,
ils percevaient à leur gauche,
inaudible, la sourde rumeur du torrent
étouffée sous les névés.
Ce ne pouvait être que le torrent qui, coulant en bordure du
refuge, court se jeter en aval dans les eaux tumultueuses de
l'Arc et de là vers l'ocean. Se guidant ainsi à l'oreille,
ils remontèrent le cours du torrent invisible, souterrain
jusqu'à mi-pente, puis obliquèrent
vers la droite et à tâtons
cherchèrent le refuge. De nombreuses fois ils appelèrent, au
plus fort de leurs voix; mais en vain: Leurs recherches restèrent
longtemps infructueuses. Le froid devenait insupportable, la neige
et la glace venaient s'infiltrer dans les moindres recoins de
vêtement. Charles, bien que lisant le ciel comme un livre, n'avait
pas deviné l'orage si rapide et si fort. On imaginait
à travers
le voile blanc la lueur des éclairs, le grondement presque continu
du tonnerre se confondant avec celui de probables avalanches.
Les deux hommes ressentirent alors un bourdonnement. L'espace
autour d'eux se prit d'une étrange accalmie. La neige
scintillait soudain d'une lueur irréelle et fantasque. Une
paix curieuse et fascinante règna, un profonde respiration
dans la bourrasque.
"Les abeilles!" hurla Charles.
Les deux hommes coururent du reste de leurs forces,
dévalèrent
la pente en catastrophe. Il était temps: presqu'aussitôt
la foudre
pulvérisa l'endroit qu'ils venaient de quitter, et dans le
même temps le tonnerre leur transperçait les tympans.
Complètement abasourdis, les deux hommes, heureusement restés
enlacés dans leur chute, se relevèrent
péniblement. Daniel
pour une fois avait omis le sac de couchage, si bien qu'un
bivouac était hors de question. Il abandonna son piolet
pour éviter
que la foudre ne le trouve encore, mais il n'avait plus que
quelques vêtements chauds de rechange. La situation semblait
critique, même si les deux hommes n'en étaient certes pas
a leur première alerte en montagne. Ils se composèrent et
luttèrent encore contre les
éléments déchaînés.
Ils décidèrent
de tenter de rejoindre le ruisseau pour reprendre leurs
recherches avec plus de méthode. Ils tentèrent de retracer
leurs pas, obliquant légèrement en biais vers l'amont, mais
hélas leurs traces éphémères
déjà étaient effacées.
Daniel progressait devant, sa longue silhouette inclinée
par le vent. Charles s'en tenait à ses traces,
immédiatement derrière lui.
Mais de leurs allées et venues
il ne subsistait pas une empreinte, le vent ayant effacé toute
trace de leur passage. Soudain, Daniel, qui pour mieux s'orienter
s'était tourner vers l'aval, sentit sa chaussure encombrée
de neige buter sur une masse compacte et sourde. Son regard
se porta immédiatement vers le bas, accompagné d'un cri
de joie: Il avait trouvé un caïrn, un de ces amas de pierres
annonciateur du refuge, si typiques en Savoie. Alors, les deux
hommes, réunissant leurs dernières forces, unirent leurs voix
et appelèrent de leur mieux. La montagne renvoya à peine la
réverbération affaiblie de leur cri, assourdie par la tempete,
puis ce fut le silence, les éléments
s'étant tus pour la
seconde fois, inexplicablement. Seraient-ils entendus?
Ne seraient-ils pas entièrement ensevelis de neige avant
l'arrivée des secours?
Après une longue minute environ, ils crurent entendre
claquer une porte, s'ouvrir une fenètre, cependant qu'une
lumière fantasque et intermittente balayait
le ciel enneigé en une danse endiablée. On s'était mis
à leur recherche!
Ils appelèrent encore, et attendirent, immobiles, serrés
l'un contre l'autre. Ils renouvelèrent l'appel,
une quatrième fois puis une cinquième.
Leur force les quittait.
Il aurait été si tentant de s'allonger ensemble dans la neige.
Ils crièrent encore, six, sept, huit fois environ. Enfin, ils virent
comme une apparition une des serveuses du refuge (que l'on surnommait
le cheval en raison de sa forme particulière de
visage, qui se rencontre parfois dans ces vallées reculées),
rendue méconnaissable par une grosse écharpe
et un épais duvet,
qui se dirigeait vers eux, une gourde chaude à la main...
Alors que se déroulaient en altitude
ces tragiques évenements,
en bas, à Bonneval qui s'éveillait à peine, Juliette,
l'épouse
de Charles, s'était rendue d'un pas lent et pesant au
restaurant la Pillenta, dont le propriétaire, un
certain Dominique, avait offert ses services au couple
paysan, téléphonant aux chasseurs alpins pour rapporter
la disparition de Régis, ce à quoi les chasseurs avaient
répondu qu'ils entameraient les recherches le soir-même,
si on était toujours sans nouvelle d'ici-là, que d'ailleurs
les effectifs leur manquaient pour ce genre d'opération,
que peut-être il faudrait s'addresser au CAF, dont le
bureau le plus proche était à Modane, et Juliette en
honnète paysanne, un peu déçue sans doute,
était revenue
discuter avec Dominique dans la salle à manger du restaurant,
d'ailleurs déserte à cette heure, et d'où
l'on entendait
le grondement constant de l'Arc qui coulait à flots
bouillonants à quelques mètres en contrebas, poursuivant
sa course folle vers l'océan.
Juliette s'était mariée
très jeune à Charles,
peut-être par arrangement, comme il était encore commun entre
grandes familles de la vallée. Tout en cette femme commandait
l'admiration des touristes: Son attachement à son mari,
aux alpages... Le couple habitait
de mémoire d'homme une de ces maisons typiques et pittoresques
en pierres de Lauze, située en plein cur du village.
Charles et Juliette bénéficiaient d'amis
fidèles dans la région,
dont l'influence s'étendait jusqu'à Chambéry et au val
d'Aoste, même si la féroce gouaille du paysan pouvait
ne pas rencontrer partout l'unanimité.
Ils aimaient à se retrouver
entre hommes et chanter jusqu'à dix heures du soir environ, heure
à laquelle il fallait rentrer pour la traie,
à l'émerveillement candide des touristes. Le couple
était également respecté
pour sa connaissance sans égale
de la nature montagnarde, ou encore pour sa réussite
au sein de la haute-bourgeoisie Bonnivone. Charles,
par une série d'opérations financières audacieuses,
avait su s'assurer la propriété à lui seul de la
quasi totatité des locations touristiques disponibles
à Bonneval.
Dominique par contraste était mince, n'étant pas
originaire de Bonneval, ni même de Savoie, et l'assimilation
par les gens du village rencontrait encore
quelque résistance.
En dépit d'une constitution quelque peu chétive, il avait
exercé de nombreux métiers
- y compris dans le théâtre -
dont certains comprenaient de hauts risques, et se
plaisait à se raconter, parlant en particulier de
son corps. Fréquemment il se laissait emporter avec
les clients, et restait attablé trois ou quatre heures
durant environ, expliquant le plus souvent en quoi ses différents
emplois avaient affecté son physique et mental, jusqu'à
ce qu'il envoyât tout ballader pour s'installer en montagne,
où il se sentait enfin vivre. Ce restaurant perdu en
Maurienne représentait certes pour lui une vie rangée,
mais jamais il ne s'était sentit aussi bien dans
son corps qu'à proximité des cimes les
plus hautes, ainsi qu'il se plaisait à le
répéter aux inconnus qui fréquentaient
son établissement. Si d'aventure on lui demandait
pourquoi il n'avait pas établit plutôt son commerce
à Chamonix où les touristes sont plus nombreux,
ils répondaient dédaigneusement que là-bas
fréquentaient les snobs, une opinion
que partageraient certes les deux guides du petit village.
Seul étranger au village, il avait subi depuis son
arrivée nombreuses vexations. On avait même
incendié sa voiture et sa femme, blessée
un soir en montagne, n'avait pu se faire ouvrir la porte
du pharmacien. Il gardait néanmoins une immense
aptitude au travail, résidait en cuisine comme en
sacerdoce, se démenant comme un beau diable
pour ses clients, pour la vitalité de son commerce,
pour la promotion du tourisme dans la région,
et plus généralement pour la place de la
Savoie dans le monde, au point que l'on en vint à
craindre pour sa santé. L'homme avait bien perdu
dix kilos environ depuis son arrivée dans la vallée,
mais ne semblait pas le regretter, tant une certaine
clientèle lui restait finalement fidèle,
même si certains devaient supporter des heures
durant ses interminables complaintes.
Le tourisme, l'apport constant mais saisonnier
d'éléments incontrolés étrangers
au village, le faisaient vivre. Auprès d'eux seulement
pouvait-il réellement s'épancher,
exprimer la difficulté
de vivre au sein d'une communauté ancestrale et sous
bien des aspects repliée sur elle-même. Son
intérèt ne résidait pas tant en l'argent,
car son restaurant en perdait volontiers, mais plutôt dans
le caractère inconsciemment éthnographique
de son expérience, et le besoin intense de se
voir confronter au dépaysement du monde paysan. En fait,
Dominique, tout en observant minutieusement autour de
lui, s'observait avant tout lui-même, et documentait
ses propres réactions en ce milieu. Après avoir
assumé quantité de personnages au contact
de métiers et environnements variés, il
contemplait fasciné ce nouveau lui-même qui
évoluait maintenant dans ce recoin presque secret
des Alpes. Les touristes qui quotidiennement écoutaient
ses interminables confessions n'en percevaient d'ordinaire
pas toute la profondeur, à moins qu'il ne leur expliquât
lui-même dans le détail dans un moment de rare
lucidité. Il recevait souvent dans son bureau où
un miroir lui permettait de se contempler, une image qu'il
vérifiait à tout instant, laissant son regard
diverger de son interlocuteur. Tout de même,
l'intérèt désordonné et
désinteressé qu'il prenait pour ses clients
le rendait d'abord sympathique aux touristes, particulièrement
ceux qui ne s'habituaient pas aux manières rustiques du
village, meme si certains avaient tôt fait de fuir la
Pillenta et les barvardages interminables de son patron,
pour trouver refuge dans la simplicité des alpages.
Parce que étranger aux anciennes querelles familiales,
la présence bienveillante et neutre de Domnique se trouvait parfois
recherchée par certains paysans en quête
d'une oreille apparement
attentive et peu encombrante. Son statut dans le village changea
du même coup. La Pillenta fidélisait au bout du compte
une clientèle qui amenait de l'argent. On osa enfin visiter
l'établissement au grand jour. On n'incendia plus sa voiture,
on cessa de brimer sa compagne. On disait même
que Charles lui-même l'aurait pris en amitié, s'il en avait
été capable, et la caution tacite
du puissant propriétaire
suffit à le rendre soudainement aimable à tous. Dominique
devint un personnage au sein de la petite communauté.
"Ces gendarmes disent maintenant qu'ils ne se déplaceront
que si on est toujours sans nouvelles à la tombée de la nuit,
dit Juliette en sortant bruyamment des toilettes. Après cinq ans
dans la vallée environ, Dominique peinait encore à comprendre
son accent.
- Ah! répondit Dominique, qui
s'apprètait à nettoyer
les chambres à l'étage,
avant l'arrivée des secours. J'espère
que Charles et Daniel l'auront trouvé d'ici-là."
Juliette le suivit docilement au dehors.
"Ils ne le trouveront pas aujourd'hui, tu peux me croire
pour sûr, répondit-elle soucieuse.
Il est tard dans la matinée,
la neige est déjà trop molle
et instable, même pour des gens
de leur expérience, pour qu'ils osent s'aventurer sur le
versant Autrichien. (Elle montrait le ciel d'un doigt autoritaire,
plissant les yeux comme l'aurait fait son mari.) Je ne serais
point surprise si un orage éclatait
avant la fin de l'après-midi."
Le ciel en effet s'était plombé
de lourds nuages, noirs et
presque ovales, d'où s'échappaient
régulièrement des éclairs,
généralement précurseurs
en Savoie de mauvais temps. Dominique,
novice encore, leva le nez d'un air dubitatif.
Il écouta attentivement
les explications de Juliette, et en dépit du fort accent Savoyard,
se mit a sangloter comme un enfant,
à la pensée de ses deux plus
précieux amis perdus en altitude
sous un climat si menaçant.
Mais Juliette n'avait plus cur à le consoler. Elle lui tendit
une serviette de la table que la serveuse venait de dresser. Il
se mit à pleurer de plus belle,
touché par la simplicité naïve du geste de la jeune
femme, et bientôt ne se maîtrisa plus.
Il aurait cherché refuge
en l'épaule de la paysanne si elle ne
s'était dérobée à temps.
Tout Dominique etait là, naïf et sublime à la fois.
Juliette atteint le bar, proposa une liqueur
de Génépy à son ami.
"Jamais le matin", eut-il la force de refuser, se recomposant.
Il était à peu près sept heures environ;
au même moment, Charles et
Daniel abordaient la moraine qui les conduirait au col des Pariotes.
Juliette vida son cocktail d'un trait. Elle reprit sa position
à droite de la grande fenètre,
qui ouvrait sur les cimes un panorama
spectaculaire, campée sur ses lourdes jambes paysannes, fixa
obstinément son regard sur les sommets et le ciel, comme regardant
au travers d'une lunette, cherchant à percer le mystère.
En raison
de l'humidité de l'atmosphère,
les montagnes paraissaient anormalement proches.
Résigné, Dominique avait repris son service,
ne pouvant toutefois
étouffer de douloureux soupirs, qui certainement n'auraient pas
été compris des paysans,
chez qui on n'étalait pas à ce point
les sentiments.
La conversation dura ainsi plus d'une heure. Mais Juliette
ne pouvait détacher les yeux du ciel. Celui-ci s'était encore
fortement obscurcit, et vers la gauche, à l'Ouest, justement du
côté de la Levanna,
on devinait les signes avant-coureurs d'une
véritable tempète.
"J'ai bien peur que le temps ne se gâte,
dit-elle à Dominique.
J'espère qu'ils sont déjà au Carro,
ces nuages ne me disent rien
qui vaille."
Nous savons dans quelles circonstances tragiques les deux
hommes l'avaient finalement atteint, mais Juliette, ne le sachant
évidemment pas, commençait à se faire un sang d'encre.
"Dans une dizaine de minutes environ, il va neiger là-haut,
poursuivit-elle, jouant de son expérience supérieure de la
montagne. Pour l'instant, il doit y avoir un vent terrible..."
Dominique buvait, béat. Il avait appris à ne pas douter
la parole de ces femmes paysannes et austères, dont
l'instinct des alpages ne faisait jamais défaut. Les larmes
avaient cessé sur son visage. Il se tenait prostré, parfois
traversé de discrètes
convulsions nerveuses, qui pouvaient agiter
son corps comme un pantin désarticulé. Les muscles de son
visage ne lui obéissaient d'ailleurs plus tout à fait.
Sa bouche se prenait de tremblements frénétiques. Le pauvre
diable n'avait pourtant peu idée de la puissance des tempètes
en altitude...
Au refuge du Carro, on avait posé Daniel et Charles, Charles
et Daniel devant un poste de télévision, et n'aurait pu
les en déloger. La propre belle-sur, belle-sur propre
du refuge leur
avait mitonné une soupe imbuvable mais chaude, pendant que
les hommes vaillants s'étaient spontanément
rassemblés en
demi-cercle environ pour écouter
le récit fascinant de leurs exploits.
Nos deux amis détaillèrent
donc la vilaine tempête, cette
chienne de tempête, et furent écoutés
avec un intérèt mal
feint par une audience captive.
Puis ce fut l'heure du journal télévisé, qui apporta
enfin son lot quotidien de souci de la vallée.
Une fois passablement réchauffés,
les trois hommes avaient exposé au gardien toute
l'horreur de leur situation. Tous ignoraient ici que Régis
avait disparu, du moins en apparence. La nouvelle fit l'effet
d'une bombe dans les curs généreux
des braves montagnards.
Pressé de mille questions environ, Daniel raconta l'affaire dans
ses moindres détails, et plusieurs fois, omettant toutefois
la fuite de Régis par le versant Suisse de la Levanna.
Là-dessus s'engagea un débat échaudé,
où l'on vit verser
d'abondantes et nobles larmes.
Dehors, le vent avait quelque peu faibli, enfin. Comme
l'avait prédit Juliette beaucoup plus bas, il se mettait
à neiger. Du coup la température se radoucissait, par un
de ces phénomènes paradoxaux de la haute altitude.
Daniel, Charles, l'assistance, voyaient leur inquiétude
croître. Si la neige recouvrait le corps de Régis il serait
à peu près introuvable, à moins
d'utiliser les chiens. Ils
se mirent à réciter de vieilles fables traditionelles
des divinités alpines,
espérant
ainsi dissiper leur angoisse, et, le Génépy aidant,
furent tôt
endormis.
Vers quatre heures du matin environ,
on cessa finalement de chanter, car
le ciel semblait s'éclaircir au dehors. Daniel, Charles et
les autres hommes revêtirent rapidement leurs vètements chauds
et sortirent prudemment en file indienne. La neige avait
pratiquement cessé mais le ciel pesait encore, lourd et gris.
Le brouillard dévoilait une partie du paysage,
seules les plus hautes cimes
disparaissant encore dans un dense amas cotonneux.
Les dix-huit hommes environ ne firent qu'un tour rapide sans
souffler mot. La neige gelée crissait sous leurs pas.
Il auraient eu envie d'entamer les recherches immédiatement,
mais c'eût été par trop imprudent,
la nuit pouvant tomber brusquement d'un instant à l'autre,
comme seul se produit en montagne.
Ils rentrèrent au refuge et se dévètirent,
la mort dans l'âme.
Vers quatre heures trente du soir environ, le ciel s'obscurcit
à nouveau et le vent se renforça. Mais à cinq heures
moins le quart environ, le temps se dégagea enfin pour de
bon, les derniers nuages de la vilaine tempète balayés
derrière les hautes cimes, fuyant vers l'Italie. Hélas,
malgré le soleil resplendissant, c'était bien trop tard
pour partir à la recherche de Régis.
La fin de matinée se déroula triste et morose. Les hommes
jouèrent aux cartes, Charles et Daniel y perdirent de l'argent.
Vers six heures environ, alors que la nuit tombait, on vit
apparaitre, à la stupeur générale,
une équipe de secours, composée
de quatre gendarmes et trois Anglais environ. C'étaient
enfin les renforts appelés par Juliette.
Racontons en quelques mots les évènements
survenus dans la vallée.
Juliette, ayant enfin réussi à quitter Dominique,
s'était
rendue à l'église où elle
avait pu raconter au village entier
la tragédie qui se déroulait plus haut, et bien que ceux-ci
en fussent déjà informés,
ils l'avaient écoutée avec un
intérèt mal feint, peut-être
avec cette excitation mal intentionnée
que l'on peut avoir pour le drame dans ces régions.
Le village se nourrissait avant
tout de montagne plus encore que d'agriculture, et les
tragédies des hautes cimes venaient
fort à propos secouer la torpeur des villageois,
émoustiller le touriste. Enfin, vers huit
heures du matin environ, l'affolement gagna l'ensemble
de la population comme un feu de paille. Juliette avait
préféré alerter la gendarmerie.
Elle leur expliqua comment son
mari s'était rendu lui-même en haute-montagne, accompagnant
le dernier des guides du village,
alors que la tempête menaçait,
menaçante.
Les services de gendarmerie, visiblement mal dimensionnés pour
ce genre de tragédie,
détachèrent rapidement une escouade
qui atteignit Bonneval dans l'après-midi à cheval,
après
cette marche harassante à travers
la vallée de l'Arve qui éprouve
chevaux comme bêtes. La vue de l'uniforme apporta heureusement
réconfort à la population,
du moins pour un temps, où l'on se
salua formellement.
Après deux heures et demie environ de négociations
avec les éleveurs de la région, les gendarmes se mirent
en marche, arpentant les sentiers rugueux des pré-alpes
qui bordent Bonneval, en direction du Carro, invisible
encore dans les nuages.
À peine avaient-ils mis pied dans la grande salle du refuge
qu'ils furent mis au courant de la disparition de Régis. Ils
enregistrèrent soigneusement les dépositions.
Puis la soirée se déroula dans
l'atmosphère bon-enfant
des véillées en refuge,
si chère aux alpinistes, qui n'ont jamais put tout à fait
les reproduire dans la vallée. Les quatre
gendarmes environ, Daniel et Charles partagèrent leur grande
expérience de la montagne, rivalisant d'anecdotes captivantes.
On alla se coucher ayant passé une de ces soirées
mémorables.
Les hommes s'endormirent aussitôt,
serrés contre le froid.
La neige scintillait à la lueur blafarde du clair de lune.
De rares oiseaux nocturnes tournoyaient inlassablement,
poussant leurs cris maladroits et effrayants. La masse
sombre des rochers se confondait avec le ciel. Seul
le refuge du Carro, perdu au fin fond d'un de ces gigantesques
cirques glaciaires, projetait une lueur timide dans l'immensité
déserte de glace et de rochers.
Charles, Daniel et l'équipe de secours étaient
prèts déjà
à partir. Ils firent de longs adieux à leurs amis du refuge,
leur donnant cette accolade bourrue et fraternelle commune
en montagne. Il était quatre heures du matin environ.
Les six hommes sortirent environ.
Ils s'engagérent sur le champs
désolé et chaotique de l'immense moraine,
à la lueur vacillante
de la lampe frontale.
La progression se faisait lentement,
sous le double poids de la fatigue et de la tradition,
sur une longue moraine,
aiguisée de cailloux ascerbes, qui allait mourir bien plus bas
dans la vallée, se jetant dans la Maurienne, comme attirée
irrésistiblement par l'Océan. Fort heureusement,
ils quittèrent
bientôt ces roches inhospitalières et
trouvèrent des pentes
plus douces que l'herbe n'avait pas encore entamées.
Ici, la neige, légèrement durcie
par l'impitoyable gel nocturne,
leur renvoyait doucement la faible clarté de la lune.
Le bruit des chaussures et des piolets perçant
la fine croûte glacée
emprunta ce rythme régulier
qui caractérise ces hautes contrées arides,
que la pente croissante ne vint toutefois pas altérer.
Il ne faisait pas si froid. Au bout d'une demie-heure environ de
marche à peine, on devina timides les premiers signes de lueur
du jour.
(Fin de la seconde partie.)
"Je me demande s'il ne vaudrait pas mieux d'abord se rendre
directement au sommet de la Levanna, plutôt que de nous engager
sur le flanc Suisse. Du sommet, nous trouverions peut-être encore
quelque trace de piolet... D'ailleurs, ce pourrait même être
plus court au bout du compte," dit Daniel troublant brutalement le silence
au point où la marche en fut interrompue.
"Après une telle tempête?
rétorqua Charles abruptement,
d'une voix rendue floue par son épais accent, faisant habilement
sursauter le guide en retour.
Le silence s'installa de nouveau. La progression put
reprendre, mais le cur n'y était plus tout à fait. Les
six hommes marchaient lentement, régulièrement, dans la
gelée du matin, de ce pas si particulier aux montagnards
de la région de l'Arc.
Mais alors que le jour avançait, la fine croûte
de glace fondait, faisant place à une neige épaisse et molle
qui bottait aux crampons, rendant chaque pas encombré,
et dans laquelle les plus lourds
s'enfonçaient volontiers. On chanta dans le patois
local, pour se donner du cur.
Depuis leur départ du refuge la nuit
précédente, ils
n'avaient pas prononcé un mot. Seul Daniel s'addressait parfois
lui-même, comme parlant à son frère
disparu, dont quelques bribes
échappaient à haute voix,
troublant étrangement l'énigmatique silence. Il
était neuf heures du matin environ.
Daniel reprit apres mûre réflexion, articulant de son
mieux malgre le froid qui encombrait le language:
"Oui, mais nous pourrions ainsi retracer la chute de Régis
depuis le sommet. Je me souviens exactement l'endroit d'où il
est parti."
- Ça change tout!
- En effet.
- Allons-y donc!
- D'accord."
Ce fut là bien sûr la fin de l'entretien.
C'est ce qu'ils firent, à l'unanimité.
Leur enthousiasme
gamin était comment dire.
Ils durent un temps rebrousser chemin, car ils
s'étaient déjà engagés à l'Est
pour contourner la Levanna Occidentale
par son flanc Ouest. Heureusement, à cet endroit, le terrain
était comme aplati.
Ils marchaient donc rapidement, sans fatigue apparente.
Ils abordèrent ainsi en peu de temps le flanc gauche de la Levanna,
attaquèrent la pente sans faiblir.
Au lieu de monter en lacets comme
de coutume, pour gagner du temps, les six hommes prirent la paroi
de face, une performance impensable pour tout autre que ces robustes
constitutions Savoyardes. Daniel faisait bravement la trace,
infatiguable malgre l'heure tardive, puis venait Charles,
vissé encore dans ces pas, les quatre gendarmes environ,
et enfin deux
Anglais qui s'étaient branchés là
comme par hasard. On n'avait
même pas pris l'élémentaire
précaution de s'encorder, moins encore
que de chausser les crampons. Daniel se servait du plat de son
piolet en appui, comme il est coutume en Oisans, tous les deux
pas, avec une régularité de mécanique
parfaitement huilée.
De la semelle Vibram de ses chaussures il creusait des
marches grossières, suffisantes pour permettre le passage de
ses compagnons de cordée. Il avait revètu
l'épais pull rouge
traditionel des guides, sur lequel rayonnait son fier insigne
de guide de haute-montagne. Ce titre représentait
véritablement
sa vie, plus qu'une aspiration, une manière d'être,
une esthétique de vie, une religion, un calme
imparable face à l'adversité, qui ne se rencontre
par ailleurs que parmi les cyclistes chevronés,
une humilité révérencieuse
face à la splendeur capricieuse de la montagne. Lui
et son frère
avaient peiné laborieusement pour obtenir le précieux
insigne, se soumettant inlassablement aux rigueurs impitoyables
de l'entrainement qui barre accès à la noble profession.
Les deux frères avaient eu évidemment un don pour la montagne,
ils l'avaient toujours connue, lui appartenaient. Ils brulèrent
les étapes, et auraient même pu prétendre
à
la prestigieuse Compagnie de Guides de Chamonix si le
le mal du pays ne les avait pas rappelés impérieusement
à leurs alpages de
la vallée de l'Arc.
Par dessus son pull, Daniel portait un anorak de duvet
bleu qu'il tenait entrouvert, qui l'avait accompagné dans
nombre de ses périples en haute montagne. Ses Knickers en
drap de Sée, partie si typique de la panoplie
du montagnard, sculptaient adroitement ses longues jambes
effilées, laissant tout juste un étroit espace ouvert sur
la chair musclée de ses mollets, roussie par le soleil.
Charles lui, ne portait avec
lui qu'une large perche de bois terminée
d'une pointe métallique,
dont il était constamment flanqué,
parfois même en société.
Cette canne si particulière mais assez commune en Oisans
lui servait de balancier sur les chemins des alpages, il la
balançait de droite et de gauche, en appui,
à la manière
d'un gondolier, et parfois l'utilisait pour tuer les vipères
qui selon lui nuisaient au betail (Charles aimaient tous les animaux
sauf ceux-là). Lorsqu'il parvenait à en
planter solidement la pointe, il pouvait y arrimer une corde,
obtenant ainsi une traction satisfaisante, qui l'avait sorti
de maintes situations délicates. En haute montagne, elle lui servait
de piolet, particulièrement bien adaptée à la ramasse.
Il était vétu d'un pull bleu marine
sans âge et d'un
épais pantalon marron de velours cotelé.
Les gendarmes eux avaient chacun un minuscule piolet,
plus approprié pour l'escalade de glace, inutile
sur ce type de terrain, et qu'ils gardaient
attachés au poignet par une fine chaîne de crainte qu'ils
ne leur échappent.
Ils étaient tous quatre en uniforme traditionel:
Knickers noirs, chaussettes rouges, pulls et anoraks bleus, et
bérets, flanqués de la prestigieuse médaille
des Chasseurs Alpins.
Le soleil pointait à peine alors que les six hommes
atteignaient le quart de la grande pente. Ils ne voyaient
pourtant pas autour d'eux la splendeur austère du paysage
par ce temps miraculeusement dégagé.
Le marche n'était pas si penible. La
température s'élevait
au soleil rayonnant, et les hommes se seraient volontiers
plaints de la chaleur malgré l'altitude. La neige leur
renvoyait un scintillement insistant, qui, sans leur lunettes
de glacier, les aurait vite aveuglés. Après
deux longues heures
encore environ, ils atteignirent l'arète sommitale,
observèrent
une brève pause, et furent au sommet en une demie-heure environ.
Ils se reposèrent et mangèrent copieusement, ressentant
l'urgence
de refaire leur force. Là enfin, ils
contemplèrent le panorama
des hautes cimes, majestueusement étalé autour d'eux,
émouvant
même pour ces hommes côtoyant quotidiennement
la splendeur alpestre. Même
Daniel et Charles n'avaient vu la Levanna par temps aussi clair.
Ils en oublièrent leurs soucis, posèrent
et prirent quelques photos,
chantèrent encore, des chansons montagnardes, gaillardes.
Enfin Daniel s'aventura prudemment au bord du précipice qui
plongeait vertigineux vers l'Autriche, s'assurant soigneusement
de son piolet et deux cordes passées autour du genou robuste
de Charles, tant la neige était molle et traîtresse.
Après
une observation détaillée, il revint vers ses compagnons, et
comme retrouvant enfin la mémoire:
"Je me souviens: Là..." écria-t-il en pointant du doigt
un rocher noirâtre et de forme trapue, qui semblait garder
la pente.
Il entraîna vigoureusement ses compagnons vers le bord
et cria:
"Régis a disparu derrière
ce rocher là, j'en suis certain!"
Charles proposa:
"On pourrait y aller doucement. Avec deux paires de crampons,
ça devrait pouvoir passer."
Son expérience paysanne portait suffisament
d'autorité. On mit
aussitôt le plan à exécution, en prenant
cette fois la précaution
élémentaire de s'encorder.
La neige, devenue instable à cette
heure tardive, pouvait piéger les alpinistes
les plus chevronnés.
La pente était abrupte, et sous la mince couche de neige le pied
heurtait souvent des rochers inattendus, ou pire encore des plaques
de verglas. Ainsi donc les hommes progressaient avec une lenteur
démesurée, trébuchant et glissant parfois.
Heureusement, chacun
évoluait avec toute l'assurance de leur
expérience montagnarde,
et la garantie d'être retenu en cas de malheur par le reste
du groupe.
Ils atteignirent enfin le rocher noir, sains et saufs.
De là, par un phénomène commun en montagne,
la perspective
de la grande pente offrait un tout autre aspect. À partir
d'ici, on ne savait plus trop où aurait pu se diriger Régis,
dans sa fuite folle. Au prix de violents efforts, Daniel tenta
patiemment d'élaborer une construction logique et stable,
pendant que ses compagnons profitaient du répit pour
engloutir un petit-déjeuner attardé.
À sa gauche démarrait timidement
une barrière de granit
qui gagnait en importance au fur et à mesure qu'elle se perdait
dans le brouillard. Droit devant lui fuyait une abrupte pente
de neige sur laquelle affleuraient ça
et là des cailloux éparpillés,
tels des récifs. Enfin à sa droite,
entre deux rochers déchiquetés
par des forces inconnues, s'ouvrait un étroit couloir de glace.
Même dans son état, Régis
ne se serait pas engagé sur une telle
pente, truffée de cailloux, car ceux-ci
auraient empéché sa progression
en ramasse. Cela dit, dans sa vitesse, avait-il eu seulement le
choix, n'avait-il pas simplement foncé droit devant lui?
Daniel hésita longtemps, contemplant
tour à tour et c'est bien le couloir glacé
et la pente aux cailloux. Mais il fut soudainement tiré de son
amère rêverie. Un oiseau s'était
posé sur son genou, chantant
pensivement, comme s'addressant à lui, évoquant si clairement
le souvenir de la journée fatale. Ceci fut suivi d'un vrombissement
assourdissant, tel un formidable roulement de tonnerre: Du côté
Italien de l'arète centrale de la Levanna, vers l'Est, une avalanche
de neige venait fracasser, telle une vague formidable, laissant
une vapeur humide, dense et glacée.
Les montagnards frémirent. On se regarda longuement.
Difficile de ne pas s'imaginer sous l'avalanche,
ensevelis sous des mètres de neige. Il était temps de bouger.
Daniel, ayant souvent assisté à
des phénomènes climatiques de
ce genre quoique rarement d'aussi près, reprit le cours de
ses reflexions, dissimulant son nez sous l'écharpe épaisse.
Mais un des gendarmes, choqué par l'incident, se laissa
curieusement affaler assis a l'entrée du couloir de neige,
comme un enfant. Le contact gelé lui rendit quelque peu ses
esprits, mais il se mit a creuser machinalement la neige avec
son piolet, comme à la plage, peut-etre le prélude au mal des
altitudes, si redoutable en ces regions
où l'air est raréfié.
Puis on l'entendit tressaillir, pousser un cri. Avec son
rateau il venait d'exhumer un bonnet rouge, où brillait le
fier insigne des Guides de l'Oisans.
"Le bonnet de Régis, s'exclama aussitôt Daniel.
- C'est donc là qu'il sera passé. Quelle chance d'avoir
retrouvé cet indice, commenta un gendarme.
- Moins de chance pour Regis, qui immanquablement aura les
cheveux gelés,
reprit amèrement Daniel, les rappelant à la tragique
réalité, j'espère
au moins qu'il avait un second bonnet dans
son sac."
Mais leurs espoirs furent vite déçus. En creusant
encore ils trouvèrent un second bonnet puis un troisième,
rouge celui-là, enfin une paire de chaussettes montantes
de grosse laine.
Les six hommes demeurèrent songeurs.
Ils s'engagèrent prudemment
sur le couloir verglacé, malgré
le péril imminent. Ils assuraient soigneusement chacun de leurs pas
car les fins paquets de neige molle et fondante dissimulaient souvent
de redoutables plaques de verglas. Le couloir se situait entièrement
dans l'ombre, en raison de son orientation Nord Nord-Est. Heureusement,
il était encore suffisament tôt,
et au dessus de leurs têtes, le ciel
affichait encore un bleu azur rassurant, dans lequel même Charles
n'eût pu trouver de signe de mauvais temps.
"Dites donc! Le soleil ne doit pas toucher souvent ici! Pas
étonnant que ce soit gelé!"
Mais grâce aux crampons dont ils plantaient fermement les pointes
arrières, leur donnant une curieuse
démarche de ballerine, et à une
solide technique alpine, ils descendaient sans trop de peine.
Le couloir se poursuivait monotone, coupé parfois par quelques
rétrécissements capricieux provoqués
par des rochers saillants et acérés.
Enfin, au bout de plus d'une heure environ d'une descente
tendue et vertigineuse, ils atteignirent l'imposant bloc de
granit aperçu depuis le sommet, au détour duquel s'ouvrait un
vaste cirque glacière. Ils étaient en fait au sommet d'une
gigantesque cuvette de neige, formée par un vent presque constant,
fermée en amont par une muraille de rochers infranchissables, et
soigneusement délimitée sur tout son tour
par une rimaye béante.
Il fallut chercher un passage. On était suffisament avancé
dans la journée pour que le soleil ait
érodé les bords de la
gigantesque crevasse, la rendant apparemment infranchissable
sur toute sa longueur. Enfin, Daniel impatient voulut tenter
un passage audacieux à l'aide d'une echelle, comme il se fait
en Himalaya. Fort de l'assurance de ses camarades, il fit un
bond improbable par la magie de ses longues
jambes démesurément étirées
au dessus du gouffre sans fond, et
se trouva crampons et piolets plantés
de l'autre côté, tel un
gigantesque insecte de glacier, position précaire d'où il put
heureusement se rétablir pour amener ensuite ses camarades.
De là ils partirent en ramasse, gagnant progressivement
de la vitesse, se sentant soudain prodigieusement libres
sur ce vaste champ de neige, rivalisant d'addresse et de
virtuosité. Ils gagnèrent rapidement le bas du cirque, furent
saisis par la majesté de l'hémicycle des hautes cimes qui les
dominaient. Ils s'arretèrent un instant pour un bref pique-nique,
car il convenait de refaire ses forces, et se réchauffèrent
avec un curieux mélange de thé chaud et de
Génépy, sorti droit
du thermos de Daniel. Après le dessert,
ils entamèrent méthodiquement
leurs recherches, se dispersant aux quatre points cardinaux environ,
fouillant à l'aide de leurs piolets, appelant, scrutant l'horizon
de leur mieux. Ici les chiens auraient été precieux. Plusieurs
heures environ passèrent ainsi, sans resultat apparent. Les six
hommes se retrouvèrent réunis de nouveau au centre du cirque,
déçus. Ils appelèrent encore, unissant leurs voix.
Mais leur touchant chur ne reçut d'autre réponse
que l'écho las et glacé de la montagne.
Dépités, ils déballèrent de
nouveau les provisions pour reprendre de leurs forces, puis
remontèrent péniblement, s'assurant qu'aucun detail n'avait
échappé, et finalement revinrent à
l'endroit où avaient
été initialement découvertes
les affaires de Régis.
Là ils s'assirent péniblement sur leurs piolets,
engloutirent
un rapide casse-croûte, et se laissèrent aller les yeux
perdus à l'infini à une douce rêverie,
si typique en altitude,
qui une fois prolongée peut
conduire au redoutable sommeil des montagnes.
Leurs pensées communièrent
en une prière silencieuse, sans qu'un
mot ne fut prononcé. Un tendre bruit montait encore
de la vallée
distante, berçait les six hommes environ
d'une cadence somnolente et irréelle.
"Et si maintenant nous explorions la pente aux cailloux?, proposa
Daniel.
- Non. Il ne saurait être là,
rétorqua fermement un gendarme.
- Pourquoi pas!, s'exclama Charles. D'ailleurs, aurions-nous
autre chose à faire?
- On peut toujours rentrer bredouilles...
- Allons-y!", conclut Daniel.
Ils se leva le premier et se mit en route avec tel entrain
que les autres encore encordés n'eurent d'autre choix que
de le suivre.
Il paraissait à peu près évident
que Régis ne serait pas
de ce côté, puisque son bonnet avait
été trouvé sur le versant
Autrichien, mais, pour emprunter au bon sens paysan de
Charles, que restait-il donc d'autre à faire?
Les six hommes descendaient de nouveau aussi rapidement
que leur permettait leur technique affutée. Peu abrupte, la
pente était toutefois transpercée de nombreux cailloux qui
tels des écueils rendaient la marche périlleuse. Heureusement,
en serrant à droite, la cordée
trouva un étroit couloir plus
dégagé. Mais ils furent vite
bloqués par une barre rocheuse.
Daniel leva lentement la tête, étonné
et triste, cherchant
peut-être encore un passage, refusant la défaite.
"Mieux vaut rentrer au refuge, dit l'un des gendarmes, la
neige devient molle et instable."
En effet, le soleil, se levant à peine, fondait la neige
à une vitesse alarmante, formant un tapis inconsistant et
imprévisible dans lequel les hommes
les plus lourds s'enfonçaient volontiers,
et qui de plus menaçait à tout moment de
s'écrouler en avalanche.
La remontée fut donc lente et pénible, sous le double poids
de la culture et de la tradition, rendue plus difficile
encore par l'amère sensation de défaite.
Daniel, qui ne parlait plus,
semblait tout juste prèter attention au placement de ses pieds.
Charles jurait secrètement sous son souffle rauque, et parfois
sa voix sèche et grasse s'échappait
en bribes incohérentes de
patois local. Ils rejoignirent une fois de plus leur point de
départ. Machinalement, sans raison précise,
ils se désencordèrent,
comme si en cet instant leur mission avait
officiellement pris fin.
Après s'être reposés
et quelque peu restaurés, car il est
important en altitude de refaire ses forces, les six hommes
entamèrent la pénible et lente remontée
vers le sommet de
la Levanna, qui disparaissait sous une épaisse calotte de
nuages, que dans la région on surnommait le
bonnet d'âne.
Daniel, qui fermait la marche, évoluait en automate, l'esprit
visiblement ailleurs. Charles, qui l'observait secrètement
depuis quelques minutes environ, le vit soudain trébucher
et glisser sur une plaque de glace. La main de Daniel par
un réflexe extraordinaire chercha un secours mais ne rencontra
qu'une parcelle de roche friable qui s'émietta instantanément
à son contact et ne fit qu'encourager sa chute. En quelques
instants, il avait disparu, son corps désarticulé
dévala la
pente hors de vue, rebondissant tel une marionette,
empruntant dans sa chute le couloir terrible
que les hommes avaient exploré en premier.
Voyons enfin ce qu'il était advenu de Régis à la suite
de sa mystérieuse fuite en ramasse. Après avoir disparu
de vue, il avait rapidement évalué la situation, scrutant
les alentours, et s'était engagé
dans un étroit et périlleux
couloir de neige glacée, gagnant rapidement une vitesse
vertigineuse. Mais soudain, un caillou invisible le fit
trébucher et il fut projeté
tête première contre la
paroi rocheuse. Hélas, dans cet incident, sa jambe
avait été brisée,
irrémédiablement. Régis, qui souffrait
terriblement, se prit à regretter son impulsion. Il se promit
solennellement de ne plus agir de la sorte, aussi sottement.
Il tenta malgré tout de rejoindre
la surface, dans
un effort désespéré,
mais la douleur était telle qu'il
dérapa et dévala de nouveau la pente. Il heurta cette
fois un deuxième mur de granit, glissa brusquement
dans une anfractuosité du rocher, au fond de laquelle
le choc fut heureusement amorti par un douillet matelas
de neige molle et compacte. Régis resta allongé sur ce
tapis blanc, mi-inconscient, pendant deux heures environ,
chantant a mi-voix croyait-il des comptines de son enfance
dans la vallée. Son frère lui apparut en short, tel qu'on
aurait pu l'imaginer au temps de la guerre, mais la vision eut
tôt fait de se dissiper, faisant place aux murs austères
de sa cellule de rocher. C'était une sorte de petite
caverne deux places environ,
apparemment à l'abri des intempéries.
Mais comment avait pu se matérialiser là ce providentiel
matelas de neige qui avait amorti sa chute? Régis n'aurait
su le dire...
Hélas, son sac-à-dos s'était
déversé pendant la descente
et rien ne restait qu'une power bar. Il avait
également égaré son bonnet, son piolet,
et son précieux
insigne des Guides de Haute-Montagne de l'Oisans.
Sa jambe le faisait horriblement souffrir environ.
Elle était visiblement fracturée au niveau du tibia.
Il aurait été prudent de rester sagement sur place
à attendre
le secours. À l'aide de son piolet, Régis se creusa une
sorte de couchette et y étala l'édredon qui lui restait.
Il n'avait pas fait deux mètres environ que deux paquets de fruits
secs furent toute sa nourriture. Même les raviolis avaient
été perdus.
Il patienta ainsi jusqu'à la nuit. À
peu près toutes
les demie-heures environ, il se trainait péniblement à la
sortie de la grotte et guettait si n'arrivaient les
secours. Parfois il tentait d'appeler en vain, mais les
forces lui manquaient. Puis il rentrait dépité et sa
sinistre attente se poursuivait, inlassable. Enfin,
la nuit arriva, et Régis, après avoir mangé deux
fruits secs environ dont une banane, s'enroula d'une couverture
et s'assoupit enfin, en proie à
des rêves agités. Le froid
hélas fut le froid hélas, et il passa une nuit blanche.
Le lendemain matin, le ciel était masqué par les nuages,
invisible derrière l'épaisse couche de nuage.
"Ils viendront me chercher sans doute me chercher
aujourd'hui", pensa Régis. Mais au fur et à mesure
qu'on avancait vers la nuit, il vit avec morne déception
s'obscurcir le ciel, jusqu'à ce que la tempète
se levât.
Régis prit ce qui restait de son
sac-à-dos et l'enfonça
profondément dans la neige naissante, en amont de l'ouverture
de la grotte, ceci afin d'empècher la bourrasque de boucher
l'orifice et d'ashpyxier le naufragé. Il était temps.
Rapidement, le vent hurla, et les éléments
se dechainèrent
avec un violence inouïe. Grelottant de froid, Régis s'enveloppa
de sa couverture et tenta vainement de dormir.
Il y eut une accalmie dans la journée. Mais la tempète
se déchaîna à nouveau
peu de temps après, avec une violence
redoublée. Enfin, le matin, le ciel reprit enfin son éclat
habituel, les nuages chassés au loin, au delà du
versant Italien. Mais il était bien trop tard pour cela:
Il ne restait aucune chance à Régis d'etre
sauvé le jour
même, cependant que ses orteils exhibaient
déjà les signes
avant-coureurs du frostbite, si typique à cette
altitude. Il fallait donc attendre encore, passer peut-être
une nouvelle nuit en altitude. Il ne lui restait maintenant
plus qu'un demi paquet de fruits secs environ, car la tempète
avait dispersé le plus clair de ses provisions.
Pendant la nuit qui suivit, il ne put dormir car sa jambe
et le froid le torturaient.
Il se réveilla enfin le lendemain matin et constata
avec soulagement que le temps s'était dégagé.
Un nouveau
danger le guettait. Régis était épuisé,
mais ne voulait
surtout pas dormir car sans doute en plein jour viendraient
les secours. Il sortit donc tous les quarts-d'heure environ,
pour scruter l'horizon. Son sac-à-dos avait
été entièrement
enseveli sous l'avalanche, pas moyen de le retrouver. Il aurait
voulu baliser l'entrée de sa grotte, mais manquait cruellement
de moyens, là où un modeste caïrn aurait fait l'affaire.
Il eut l'idée de construire un caïrn mais ses doigts gourds
ne lui laissaient plus saisir les pierres, et il dut renoncer.
Au bout d'un moment de cet effort soutenu environ, la douleur dans sa jambe
se fit si intense qu'il dut renoncer à sortir, et s'assoupit, abbatu.
Il se trouvait sur les Drus, dans le massif du Mont Blanc. Une
jeune femme lui était encordée.
Tous deux étaient campronnés sur
une vire étroite, perdue sur la gigantesque paroi de granit.
En tordant le cou, Régis pouvait encore apercevoir la paroi
massive des Grandes Jorasses, formidable muraille rocheuse
qui toujours l'emplissait d'une crainte surnaturelle.
Elles lui semblaient moins intimidantes aujourd'hui, presque
petites, un jouet qu'on aurait put saisir, si on s'en était
donné la peine. Mais les orgueilleuses cimes se grandirent
et éternuèrent, reprenant
toute leur hautaine supériorité,
altières, austères, que Régis
avait toujours revérées, et
qui l'emplissait d'un effroi plaisant et insaisissable.
C'est la seule montagne du massif que jamais il n'aurait
osé gravir. Il la préservait
comme un joyau supérieur, intouchable,
qu'une ascension aurait souillé. Savoir
qu'une quantité d'alpinistes
avaient pu profaner la paroi le rendait fou, malgré sa position
si particulière, en retrait des aiguilles de Chamonix.
Mais la femme accompagnant Régis se fâcha. Elle cria:
"Pépé-ou-nez, dépèche-toi!
On ne peut y passer une vie!"
- C'est que...
- Et Monsieur le Pépé-ou-nez qui rêve
encore aux Jorasses..." Elle le taquina sur le nez.
Il lui jeta un regard de braise, paysan, intense, de la vallée.
Elle devint presque laide alors que la colère l'envahissait,
et que la
peur lui fit prendre l'accent Marseillais.
"Tu finiras par nous faire rater le Montenvers!"
Ces mots le ramenèrent à la vie.
Avant qu'il n'ait pu faire
un geste, elle se précipita dans le vide
d'un pas décidé. La corde la retint.
"C'est une manie chez toi", fit-elle pleine de reproche. Elle
se lança de nouveau, avec une
élégance de plongeuse, et tête la première
fut dans le vide. La corde la ramena encore, plus lourde.
Elle entraîna
cette fois Régis vers les cieux.
Là on flotta un moment, paisible,
d'où Régis put enfin admirer
les Grandes Jorasses comme vues d'oiseau. Mais sa jambe lui fit mal.
Sa rêverie en fut perturbée. Il agita le pied mais l'animal ne
lâchait pas prise. La châleur de la morsure,
grossière sur sa peau,
diffusait progressivement tout son corps, douce et énivrante.
"Que fais-tu avec cette bestiole au pied?" demanda la femme,
maintenant inquiète.
Il contempla enfin sa jambe et ne put distinguer tout à fait.
On aurait dit au loin une bouche fermée
si obstinément, un véritable
étau autour de sa jambe. Régis
s'assoupit à son tour, ne voyant
d'autre issue à la situation. Dans son sommeil on mangea sa jambe,
et peut-être aurait-on attaqué l'autre. Mais la femme, habile,
lui logea le piolet entre les omoplates. Régis vit une boule noire
qui lui fondait dessus, qui lui rappela un film ancien projeté
à Modane, dont il ne gardait qu'un souvenir confus, mais qui l'avait
enfant vivement impressioné. En quelques secondes
environ l'objet fut sur
eux, Regis en reçut le choc avant que les Grandes Jorasses ne le
saluent enfin, dignement.
Il se secoua. Bien qu'entièrement recouvert de neige,
la sueur perlait à son front. Il palpa les alentours pour retrouver
ses précieux fruits secs mais ne put toucher que des cailloux,
puis le contact de la laine épaisse acheva de le reveiller.
Comme fou, Régis tenta vainement de ranimer le corps qui
gisait à ses côtés. Malgré sa faiblesse,
il improvisa des massages
dont les effets heureusement ne tardèrent
pas à se faire sentir.
Il entendit enfin la voix délicieuse murmurer:
"Où suis-je?"
Et il ne put reprimer un cri de joie, en reconnaissant
la jambe élancée de son frère Daniel.
Il était quatre heures du soir environ à Bonneval.
Une fois de plus, Juliette s'inquiétait. Elle avait
solennellement promis à son mari de ne pas monter
en refuge mais elle regrettait amèrement ce serment.
"Ce sont là des affaires d'hommes", lui avait affirmé
le montagnard, autoritaire. Un violent combat se
livrait en elle. En fin de matinée,
elle décida finalement de se mettre
en route. Peut-être apprendrait-elle quelque chose en chemin.
Elle s'engagea sur le sentier qui relie Bonneval au hameau
pittoresque de l'Écot, surplombant incertain l'Arc et
ses flots tumultueux. De là elle suivit pendant une demie-heure
environ une large route de terre, qui avait jadis dû servir aux
chevaux, qui sinuait mollement le long du torrent. Mais au
moment d'obliquer à l'Est sur le grâcieux chemin de printemps
qui mène au refuge, elle constata que la nuit pourrait tomber
rapidement et elle prit peur. Elle scrutait le long chemin avec
regret, quand elle y remarqua un convoi de six montagnards
environ portant un lourd fardeau. N'osant se livrer encore à
l'espoir, elle attendit un moment, et ne put retenir de chaudes
larmes alors que les silhouettes se précisaient, à chaque
lacet. Elle manqua de s'évanouir en reconnaissant enfin
Charles, Daniel et les quatre gendarmes environ portant Régis
sur un brancard.
Ils rentrèrent triomphants au village.
On en sonna la fanfare.
On les harcela de questions. "Comment l'avez vous trouvé?"
Daniel, qui parlait peu d'ordinaire, raconta en détail les
péripéties incroyables du sauvetage, et conclut:
"J'étais si affreusement deçu.
J'avais la tête ailleurs, quand
j'ai dérapé et suis parti hors de
contrôle sur le dos dans le couloir
de glace que nous avions exploré la veille.
J'allais m'écraser contre
un mur de granit lorsque, providentiellement,
grâce à mon fidèle piolet,
je réussis à m'orienter
vers une anfractuosité de la neige. Après
un choc violent, la neige gicla de toutes parts, je m'évanouis,
mais fus aussitôt (me semble-t'il) réveillé
par la voix bourrue de Régis. Je l'avais
retrouvé!"
Les questions et récits divers se poursuivirent
ainsi fort avant dans la nuit.
Au petit matin, une ambulance dépéchée
de Modane en urgence
vint amener Régis à l'hopital
de la vallée d'Oisans.
Daniel et Charles l'accompagnait en voiture,
lui tenant la main tant la souffrance
l'attaquait, augmentée encore par les cahots de la route de montagne.
Daniel réalisa alors qu'une question se posait encore:
"Regis, mon frère,
pourquoi es-tu parti ainsi, en ramasse?"
"Vois-tu, c'est une chose que je ne t'aurais
jamais avouée. Il y a
quelques années environ, lors d'un voyage à Chamonix,
je rencontrai une Parisienne,
Brigitte, qu'elle s'appelait. J'en tombai éperdument
amoureux. Je n'étais
qu'aspirant-guide à l'époque, mais je ne craignais rien,
aussi lui proposai-je
de la mener au Dru, ce monolithe de granit légendaire
parmi les aiguilles de Chamonix."
"Cela se passa fort bien tout d'abord. Brigitte grimpait admirablement,
avec une souplesse et une élégance
que je n'avais jamais vues sur la
paroi, et qui me la rendait d'autant plus attirante. Seulement, au retour,
et malgré l'heure tardive, elle insista de faire un détour.
J'en connaissais
le risque mais je n'aurais su lui refuser. Sentant tout de même que je
ne lui faisais qu'une confiance limitée,
elle s'offusqua bien vite, et d'une
impulsion fatale trancha la corde à l'aide de son Opinel,
puis s'élança
seule. Je n'avais pu réagir, et sentais bien qu'un geste malheureux
de ma part n'aurait que renforcé sa folle détermination.
Je la regardais
évoluer avec une indicible angoisse. Sa sûreté,
son aisance superbe,
m'apaisaient peu, d'autant que la colère rendait ses gestes plus
brusques que de nature. Soudain, malgré son habileté
extrême, ou
peut-être justement en raison de celle-ci, elle
dévissa d'un coup,
comme si tous les appuis étaient venus à lui manquer ensemble,
et tomba dans le vide, son corps comme désarticulé,
entraînant
à sa suite une légère avalanche.
Cela fit un son étrange et sinistre,
réverbéré par l'air pur d'altitude,
ce même son que nous entendîmes
l'autre jour au sommet de la Levanna. Je vis impuissant son corps
accélérer progressivement, se meuvant lentement d'abord comme
dans un liquide, puis se démantibuler
toujours plus sêchement à chaque
choc de granit, à une fréquence accrue,
jusqu'à ce que son crâne ne
vienne se fracasser sur le rocher,
quelques mille mètres plus bas environ,
au point où la paroi est comme avalée
par la rimaye qui délimite
le terrible glacier. Je ne puis oublier l'image de ce corps, à cette
distance comme un jouet cassé, broyé puis avalé
par les puissantes glaces.
Je crois que je l'aime toujours, du fond du cur... J'aimerais
oublier... Seulement parfois..."
L'ambulance avait atteint sa destination. On emmena Régis
pour que furent soignées ses blessures apparentes. Il mourut
au matin, serein.
Sur la ville sombre et grise de Modane, où
réside le berceau
de l'industrie de la vallée encaissée,
sombre et grise, de la Maurienne,
le jour déclinait enfin, faisant place aux
ténèbres, pendant que
les cimes elles veillaient indifférentes, alors que comme si souvent,
elles
[De la même période à peu près venait
s'insérer ici "la Haine de la Fiction",
pamphlet aujourd'hui égaré, vraisemblablement détruit
par l'auteur, dont il est facile d'imaginer
le contenu, après ces coups de boutoirs répétés
à l'assaut de
l'écriture fictionelle.]
Fraulein Madeleine gewidmet, mit größter empfindigkeit.
Mon Bon Monsieur Harry (comme votre nom me plait),
Je me suis rendu à la synagogue ce matin, je pensais que cela
vous serait agréable, malgré la distance; il pleuvait,
et ayant l'obligation religieuse
de ne pas chercher abri, je suis rentré à reculons,
ce qui fera
l'affaire (espérons). J'eus la présence d'esprit
de me munir d'une
seconde Kippa au cas où ma tête
venait à grandir. L'anecdote amusa la famille aussi me
permets-je de vous la raconter. Je ne fus
pas appelé à la Tora, ce qui aurait été
un embarras.
J'aimerais tant vous savoir mort,
que je puisse finalement m'épancher.
Harry Uncle!
In a stunning upset, I have decided to quit my job at the Fabrick!
to free myself from all creative noise! I feel quieter away from the
Frehbrücks! J'ai cru bon egalement de rompre toute relation
diplomatique avec les BeehGrühns!
I am now in my bedroom, staring at the.
I have not written anything yet.
Dear Uncle Harry,
I've retired to the bedroom, finding the endless chatter
of the family room unbearable. To me it sounds like silly
birds chirping, endless but nonsensical, and I cannot concentrate.
Je ne saurais le supporter!
Finalement dans l'isolation de ma chambre
Finalement dans l'isolation de ma chambre
Finalement
Mon lit s'est élevé légerement
pendant la nuit. Ou était-ce un rêve.
Toujours est-il que je repose maintenant un peu plus haut que le
reste de l'humanité. Mais il est encore difficile
de trouver le sommeil...
Mon bon Harry,
Je constate que les meilleures idées me
viennent au réveil;
ensuite, mes forces déclinent jusqu'à l'heure de la sieste.
Harry -
Il y a des moments où il faut savoir balayer le doute
se mettre dans un état de liberté intellectuelle totale
de manière à pouvoir créer;
à ce titre je refuse maintenant toute critique,
tout avis, positif ou négatif,
rien ne saurait me ralentir dans mon progrès
Harry -
Sachez-le, j'ai définitivement
banni toute fiction de mon mirifique
univers créatif. J'en suis bien fier...
Harry Harry Harry
The tone of your last letter surprises me.
Do you think I'm just any man, Ali?
Do you?
(Later:)
I have found my master in this rat that haunts the kitchen at night.
I thought I had outsmarted it, but it managed to tear through the paper.
To think that such a puny animal could eat my brain (symboliquement).
(Un temps:) Where is my brain?
(Bien plus tard:)
Cher Monsieur Harry (effendi),
Je ne sais que faire au juste des notes
J'ai relu maintes fois vos notes
I wouldn't know what to do with the notes
Il apparait m'apparait que vous n'avez que peu de sympathie
pour la pureté de l'édifice symétrique
que je Merde. J'ai la
vaste vision de cet édifice symétrique.
J'ai la vision de ce vaste édifice symétrique,
j'ai appris
maintes fois toute fiction doit avoir, doit avoir,
any work of fiction must build to a climax - J'en prends
résolument le contrepied et Merde Harry merde merde.
Moi j'ai je place intensité l' maximale bien au centre du
développement au milieu,
mais par une gifle ironique paf je vous le fous paf la clef
de voute pour ainsi dire, paf dans la gueule dans la couille,
paf dans la gueule couille,
la clef de voute est vide,
je vous merde il n'y a rien au centre, une sublime rupture de
ton à la Alban Berg hahaha (ha) je vous merde
de la meme manière
que merde enfant je badigeonnais le dessin de noir violent
masquant le sujet hahaha (ha) je vous masque merde le sujet
le coeur est vide ha
(plus tard dans la matinée ou soirée, au
libre choix de l'interprète:)
Suivant vos recommendations (astucieuses) j'ai considérablement
remanié l'Acte 1 de l'Acte 2. J'espère
que cela sera à votre
goût, ma poule. Il s'agit maintenant d'une ode à
symétrie inversée en miroir, baptisée
excès polyphonique. Le
titre me parait du meilleur effet, même si
toutes les pièces du texte
sont loin d'être en place.
Allez vous faire foutre.
Très Chère Harry -
Je m'excuse de l'orage prochain - je me sens mal, et c'est
pourtant là que je suis au mieux - je vis enfin, sert ma
poupouse -
quoiqu'il arrive maintenant, il faut me laisser achever mon uvre -
(sacrosainte) -
Très Chère Harry -
Il maintenant temps est éliminer toute trace de doute -
essentiel de tout déballer/vomir - plutôt que censurer -
d'autres s'en soucieront -
L'uvre sera exécutée
en toute hâte il n'est rien temps
d'achever -
Très Chère Harry -
Pourquoi donc ai-je duré si longtemps? Le temps est venu
de rassembler affaires - ultime tentative de saisir ce
qui toujours m'échappe - je n'aurais du abandonner -
nulle crainte du jugement, pas le luxe du doute -
puis partir proprement, de cette chambre, futilement arrangée -
Ma Grosse -
Me voici à nouveau immobile -
l'uvre est là l'humanité -
et pourtant incapable d'en saisir - pourtant en suis moi le martyr -
Alexander Omstein.
I
La premiere entrevue.
Alexander montre son film.
Il a telephone pendant des semaines.
Non - Il entre en contact par relations.
Il a telephone des semaines
recommande par sa mere (ou son pere).
Deux rendez-vous manques.
Cette fois enfin ils iront au restaurant. Parler.
Bref expose de sa vie passee.
On detaillera Giacomo (Jose)
et la situation particuliere de Cartoon Factory.
Alors qu'il attend l'entrevue, il se rememore:
Il n'a su que faire jusqu'ici. Les mois
d'inaction, bourgeoisie parisienne.
Croise Olaf, le proprietaire. Il est impressione,
ne sachant qui c'est, mais sentant
son importance. Description d'Olaf.
Le lieu: Appartement Bourgeois. Surprenant dans ce contexte.
Au restaurant: Bref introduction.
On laissera ensuite parler Jose (Giacomo).
Sa technique du dessert.
II
Le Stage a Cartoon Factory.
Jose est gentil. Paternel?
Jacqueline. Ses accoutrements en cuir, son odeur.
Sur la fin (apres deux mois) allusions sexuelles,
et l'ennui s'installe.
On peut-etre sautera-t'on tout cela pour passer directement
a Storyboard.
Non. Ceci est un test (passage oblige).
L'inactivite croissante, puis la question du salaire.
III
Storyboard et Associes: les premieres tractations.
La famille s'en mele...
I
Giacomo de la Frutten, le grand bouffon artistique,
avait une heure de retard
lorsqu'il arriva enfin.
Comment mettre le doigt dans l'engrenage de la narration.
Il y a l'auteur, ll y a le narrateur, il y a les autres.
C'etait un appartement bourgeois,
qui n'avait somme toute rien a voir avec
l'idee que se faisait O*** d'une societe de production
de film d'animation. Pas de.
"Il n'est pas la, que lui voulez-vous de particulier?"
"Il n'est pas la, voulez-vous patienter?"
"Il est rarement a l'heure, savez vous?",
me fit-elle d'un air de sous-entendu, en
avancant un epais fauteuil.
Le visage de la secretaire etait gras et aimable,
russe. Deux autre personnes
me devisagent, que je regarde a la derobee.
Il est tout sourire, m'offre du cafe.
Le visage est encadre d'une barbe, il n'y a pas
de cou. O*** s'assoit dans un coin de piece,
avec la meme gene. Il sourit chaque
fois que son regard en croise un autre, mais sans un mot.
O*** croit avoir salue,
mais d'un signe de tete seulement.
On lui offre du cafe, et il sourit cette fois avec effusion.
La conversation va bon train, et O*** sourit avec effusion,
sans toutefois trouver
a s'inserer. Il n'ose engager trop avant la conversation,
imaginant Giacomo deborde.
La conversation va bon train,
et O*** sourit d'un air entendu pretendant y etre associe
comme un familier des lieux, avec toutefois la crainte
de paraitre indiscret, entendant
ce qui ne lui serait pas destine.
La secretaire grace et charnelle encadree
de cheveux boucles repond au telephone
d'une voix curieusement seche, qu'O*** ne reconnait que trop bien
pour l'avoir pratiquee au telephone. Elle excuse
parfois le retard de Giacomo, d'un sourire qui la defigure,
pendant que celui-ci
signale qu'il n'y est pas. O*** sourit egalement,
sans pouvoir se verifier au miroir,
faisant un l'effort de paraitre insouciant et occupe.
C'est une erreur. On fera de Alex, en fait,
le jeune Alex aura reellement realise un film.
Il le montre. Mais connait quand meme Jose par son pere.
Au depart, nous le verrons
travailler dur, sa vie y passe entiere.
Mais a un certain stade la motivation se perd,
il ne sera plus que mecontentement.
Il serait du reste interessant de jouer
l'ambiguite de la conduite morale des autres.
Ne pas oublier l'aspect "Grandeur et Decadence"
de l'oeuvre, et contraster les moments
flamboyants d'entousiasme a l'origine,
indispensables pour menager une progression
satisfaisante.
Accentuer encore, si faire ce peut,
le paternalisme expansif de Jose.
Le pere de O*** enseignerait a Estienne,
et c'est la qu'il aurait connu Jose? {NON}.
Scene cruciale, entre Alexandre et Giacomo:
Ce dernier analyse le caractere du pere
(pourtant il ne le connait qu'a peine),
detaillant son incapacite a realiser une oeuvre
acceptable, sa resignation et la paresse de son ambition.
O*** se partagera entre
une defense timide et l'adhesion aux idees de J.,
qu'il regrettera par la suite.
Faire naitre une realation d'amour entre Alex et Ida,
qui n'aboutira pas?
Sur les debuts de la societe,
on pourra remplacer le personnage de Vautier par
celui d'Ida?
Lasser planer un doute profond.
Alex a-t'il jamais eu de relation avec un femme?
(Ce point restera inexplique).
Quand la prostituee lui demande si c'est la premiere
qu'il monte, il ne comprend pas s'il s'agit de faire
l'amour ou de monter avec une
prostituee, et repond oui a tout hasard.
D'ailleurs, n'est pas pour mieux affirmer
son amour naissant pour Ida qu'il rend visite a la vieille pute?
(Non! C'est precisement parce qu'il n'aime pas!).
(Ou ne serait-ce pas cela par la suite uniquement?).
La seconde fois: Ne pas oublier la rencontre avec Pierre,
et la bouffee emouvante
d'entousiasme pour ce caractere pourtant sans grand interet.
Description detaillee
de la rue Delambre, et de la conversation
avec la vieille prostituee. Ils finissent
par parler politique.
A ce propos: Convesations sur les evenements du jour,
ou autres sujets a la mode,
(notamment la religion), ou O*** n'intervient
que peu et peniblement, et ou il est
crucial d'aboutir le role de Marie-Anne.
Parfois Alex exprime son desaccord
a posteriori quand il est en tete a tete avec G.,
et meme la, c'est avec embarras,
il s'exprime avec peine, en s'etouffant.
Probleme de l'antisemitime: Doit etre tout juste effleure.
On le sentira de facon
souterraine, tel qu'il est impose par la culture chretienne.
Mais jamais de racisme ouvert.
Alex parlera de l'anecdote scandaleuse du bon Samaritain,
de l'effet terrible qu'elle
continue d'exercer sur lui, et plus generalement
de l'hypocrisie fondamentale du
Christianisme. Meme s'il sera incapable d'echaffauder
proprement son argumentation,
sa passion sera touchante.
Ou juste gardera-t'il ces pensees pour lui-meme? A moins
que ce ne soient les autres qui en parlent?
Le point de vue subjectif
devra etre scrupuleusement respecte (sauf cas de force majeur,
s'ils s'en presentent). Les portraits des personnages
se dessineront petit a petit, et surtout
ne seront pas d'emblee tels qu'on les percervra a la fin.
Veiller tres soigneusement a
l'evolution progressive de leur image.
On transformera le role de Bruel.
Le faire Juif, Artiste. Il sera l'outil principal pour exprimer
les positions artistiques ou morales, ou autres.
Il ne se revelera que dans l'intimite.
Il ne prendra son importance reelle que vers la fin de l'ouvrage,
derniere redemption
possible avant la chute finale.
Peut-etre est-ce lui qui quittera le premier cette petite societe,
et non Alexandre.
Prendre garde de ne pas mimiser toutefois le role de O***.
Bruel:
- De la biographie des artistes.
- Du style.
- Refutation radicale de l'opinion
qui veut que l'on utilise le medium seulement pour le
meilleur de ses possibilites.
- Point de vue sur la musique.
- De la religion. La haine du Christianisme.
- Le spectale, le gout de l'emotion.
S'exprimera-t'il en public?
- Ses opinions theoriques seront en contradiction
avec ses realisations artistiques.
Il en est conscient, et s'en plaint constamment.
Harry (if I may call you that?),
Things are better today (finally):
I have draped myself in Dark Garboes,
at the height of Harith fashion,
si bien que je peux dorénavant visiter les humains,
leur offrir la grâce de ma présence.
TRIPTYQUE (Panneau de Droite) -
J'ai reçu les bons conseils de la femme de ménage.
Elle s'appelle Esperanza. Elle m'a dit: Fais semblant
de ne plus l'aimer maintenant. J'applique la technique.
Je me force à ne plus regarder Florence. Je crois qu'elle
est surprise en effet, la technique marche donc? Je remercie Esperanza.
Un jour, je ne regarde pas Florence, puis
soudainement la regarde, et bien sûr,
elle me regardait à ce moment là,
et rapidement détourne le regard. Je la crois intriguée,
je suis très satisfait de ces
progrès inespérés!
J'essaie de prier tous les jours, et de porter le chapeau.
C'est particulièrement difficile. Je ne voudrais pas qu'on me
voie, surtout Florence ou ses amis. Je me cache aux toilettes le plus
souvent, mais c'est malaisé de manipuler le Talit et les
Tefilines dans un endroit aussi petit et aussi sale, et aussi
de ne pas être entendu, en plus
c'est probablement contre la loi. Mais je n'ai pas le choix.
Un jour, un Alexandre, un homme farceur et turbulent, est monté
sur le chiotte d'à coté,
passé sa tête par dessus la cloison, et
m'a vu en prière. C'était horrible!
On se moque de moi parce que
je me laisse pousser les cheveux dans les coins, on dit que je
ressemble a Moïse, bien qu'il y a peut-être là
un certain respect. J'aimerais porter le chapeau mais je n'ose
pas tout à fait.
J'ai laissé un jour un mouchoir sur ma tête
dans le réfectoire,
pour garder la tête couverte,
sur l'arrière de la tête
pour pas que ça ne se remarque, mais un
des gars l'a vu, heureusement, Mr Waldstein est venu
à ma défense,
"foutez-lui la paix" a-t'il dit. Me comprendrait-il?
Aujourd'hui, je suis rentré à midi.
C'est de plus en plus fréquent
que je rentre au déjeuner.
C'est là que je vois Esperanza et écoute
ses bons conseils, tous les jours si je peux.
Je mets maintenant le "Sacre du Printemps"
d'Igor Stravinsky, tous
les jours. Je dois l'écouter tous les jours.
J'ai l'habitude de me tenir debout devant la musique
et je dirige avec un crayon
(je n'ai pas de baguette).
Avec mes gestes je capture chaque partie de la musique,
je me sens réellement extraordinaire,
j'aurais été un grand chef d'orchestre.
Je pleure toujours dans la première
partie, c'est que le rhythme me monte à la tête,
je ne peux pas expliquer.
La musique est à moi, et c'est ça qui me
sépare du reste de l'humanité.
Il faut un nouvel acte à mon amour.
J'ai décidé de boire ce midi.
Je me sers
un grand verre, mais ça ne fait rien. C'est que
je n'ai jamais bu vraiment plus qu'une bière
à l'académie,
et je m'attendais à quelque chose de plus grand. J'ouvre la Vodka.
Je suis fou, il faut que
Florence sache. Je bois encore mais ça
ne fait rien décidément.
Plus tard:
je suis de retour, et je m'aperçois que ça
ne va pas tout à fait.
Finalement la Vodka a du prendre effet.
Je me concentre exagérément
pour ne pas qu'on remarque trop.
Et en même temps
je serais si heureux d'être compris, que l'on voit la souffrance
de mon amour.
J'écris sur ma table mais c'est difficile.
J'arrive au bout
de la page, je continue un peu sur la table, puis j'arrive au bord
et je manque de tomber parce que j'écris dans le vide.
Florence remarque-t'elle mon état? Finalement ça
m'amuse presque. Il faut qu'elle remarque. Je suis
prèt à tout perdre aujourd'hui, il faut qu'elle sache,
autant en finir.
Je suis dans le couloir. André m'a sorti.
Il me tient par l'épaule mais
ça m'agace. Est-ce que je suis un homme qui a besoin d'aide?
Je ne le regarde même pas. J'essaie de lui échapper.
J'aimerais rentrer, Florence est
a l'intérieur, pourquoi est-ce qu'on nous sépare?
Il faut la voir, je peux tout lui dire maintenant.
Mais c'est Béatrice
qu'il y a dans le couloir. Je ne l'ai jamais vraiment
aimée. Elle a un drôle de visage,
et une voix désagréable,
elle ressemble a Louis XVI étrangement je crois,
laide mais si belle
dans sa vulgarité profondément charnelle.
Son corps me semble là si parfait.
Je devine ses seins sous son pull doux. Je me jette dans ses bras.
Elle me reçoit surprise.
Je suis réveillé plus tard à l'infirmerie.
Monsieur Waldstein
est passé me voir. Bizzarement, il a l'air presque sympathique.
Quelque part je suis content qu'il puisse deviner mon état.
"Monsieur Claes", me dit-il d'un air de sympathie, de compréhension.
Si seulement il pouvait deviner mon amour, comprendre ma
souffrance. Je marmonne le nom de Florence plusieurs fois,
comme si j'étais encore saoul, mais il n'a pas l'air d'entendre.
Ou peut-être devine-t'il, et je sens une chaude compréhension,
et l'accord tacite qu'il étouffera l'incident.
Il me promet d'ailleurs qu'il n'y aura pas de représailles.
Dans les jours d'après, je suis surpris que Florence
m'ignore encore. C'est mauvais. Après ce que j'ai fait,
je m'attendais
à plus de sympathie. Je suis de nouveau
déséspéré.
Il fait anormalement chaud cette année.
J'ai volé un catalogue de la Redoute.
Il y a là des images de femmes.
Je le tiens soigneusement caché.
Je me suis inventé une "torture":
J'ai
une grande plaque en bois, une planche, je m'y mets les pieds sur
une chaise, le bassin en appui sur la planche - juste au dessus du
sexe -, le nez sur le bureau où j'ai mis le catalogue, je laisse
mon poids porter sur la planche, et avec la douleur vient le plaisir,
parfois je peux même enlever les pieds de la planche et reposer
uniquement sur cet os au dessus du sexe, parfois je tombe et recommence.
La fille d'Esperanza vient à la maison parfois, j'aime laisser la
porte entrouverte pour qu'elle me voit (elle ne voit sans doute
que mes fesses, suspendues au-dessus de la planche), je me suis
même retourné et le plaisir est venu en regardant
l'enfant dans
les yeux. Esperanza s'en doute peut-être, et ne me regarde plus
de la même manière.
J'ai lu dans le code que cela était mauvais, l'onanisme.
C'est séparé
de mon amour, comme une autre partie de moi-même. Il m'arrive
d'avoir peur que les images de la Redoute restent gravées
sur mon front, que tout le monde puisse voir. Je me lave le
visage. J'ai lu dans le code que cela est mauvais, et j'ai
organisé des scéances immolatoires, j'ai pris le catalogue et
y ai mis feu à la cuisinière,
recité une prière, et jeté
les déchets dans le vide-ordures. Mais les pages n'étaient
pas entièrement éteintes, et ça
a mis feu au vide-ordures
de l'immeuble, envoyant une fumée puante dans tous les appartements.
Le concierge était furieux, mais je ne crois pas qu'on me
soupçonne (à moins qu'Esperanza ne sache?).
Et pourtant, je reviens toujours à ma "torture".
Mesterbrütz am Spitz (abend).
Dear Uncle Harry,
The last of the Schwargebaren has fallen off my shelf,
an era gone by.
Je vous embrasse tendrement.
(Portrait monumental à l'état du Gluckman,
don de la Fondation.)
Harry
(Fin du second et dernier livre)
[La fin de ce livre marque la conclusion officielle
de la période dite du Gluckmanien
Supérieur.
Quelques uvres de ce type seront certes encore écrites,
mais pour la majeure partie, il est clair qu'une page a été
tournée.
Ce n'est pas sans nostalgie que l'on verra
l'auteur abandonner ce ton unique qui pourtant lui a
réussi si bien,
au profit
de la gravité croissante des uvres tardives.]